Une avancée militaire aux conséquences économiques immédiates

Le 10 septembre 2026, les Houthis ont pris le contrôle du port de Mokha, ville côtière stratégique de la mer Rouge. Le lendemain, ils s’emparaient de l’île de Mayyun, située au cœur du détroit de Bab el-Mandeb, une voie maritime reliant l’océan Indien à la mer Rouge et au canal de Suez. Selon Radio-Canada, cette manœuvre leur permet de verrouiller un passage déjà fragilisé par la fermeture du détroit d’Ormuz, corridor clé pour les exportations pétrolières saoudiennes. Les Houthis, qui se présentent comme les « partisans de Dieu » (Ansar Allah), consolident ainsi leur emprise sur une zone où transite environ 4 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, soit 4 millions de barils par jour, selon Reuters. Leur objectif affiché ? Affaiblir les forces gouvernementales yéménites soutenues par l’Arabie saoudite et, indirectement, exercer une pression sur Washington et ses alliés. Cette avancée coïncide avec une hausse brutale des prix de l’énergie : le baril de Brent a franchi la barre des 105 dollars, tandis que le diesel américain atteint 6 dollars le gallon, un niveau inédit depuis des décennies. Les analystes de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) soulignent que ces perturbations risquent de s’aggraver si le blocus maritime se prolonge, menaçant les échanges de matières premières et alimentant l’inflation à l’échelle planétaire.

Un soutien iranien avéré, mais une autonomie houthie revendiquée

Les Houthis entretiennent des liens étroits avec l’Iran, qui leur fournit armes et soutien logistique via des réseaux clandestins. Selon Conflict Armament Research, leur arsenal s’est considérablement étoffé ces dernières années, incluant missiles balistiques, drones d’attaque et véhicules sous-marins sans équipage. Pourtant, comme le rappelle Thomas Juneau, professeur à l’Université d’Ottawa, les Houthis ne sont pas un simple « bras » de Téhéran. Leur alliance repose sur des intérêts convergents, mais leur marge de manœuvre reste significative. En témoigne leur décision récente de cibler des bases militaires saoudiennes dans le sud du royaume, une escalade qui a poussé Riyad à fermer temporairement son oléoduc Est-Ouest, long de 1 201 km, après une attaque de drones probablement menée par des milices chiites irakiennes affiliées à l’Iran. Cette fermeture prive l’Arabie saoudite d’une voie de contournement cruciale pour ses exportations, aggravant un choc d’offre déjà palpable. Les États-Unis, bien que réticents à s’engager davantage au Moyen-Orient, maintiennent un soutien discret à l’Arabie saoudite : plus d’une centaine de conseillers militaires américains sont déployés sur place pour fournir renseignements et ciblage, tandis que des centaines de Gardiens de la révolution iraniens opèrent au Yémen aux côtés des Houthis. Une entente de facto, selon CNN, limite pour l’instant les frappes directes américaines, en échange d’une modération des attaques houthies contre les navires saoudiens.

Un équilibre régional au bord de l’effondrement

La reprise des hostilités au Yémen en juillet 2026 marque la fin d’une trêve précaire conclue en 2022. Depuis, les combats ont déjà déplacé près de 86 000 personnes, selon l’ONU, et les frappes américaines menées entre fin 2023 et mai 2025 ont causé la mort de 213 civils yéménites, majoritairement depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. Les pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite ainsi que les Émirats arabes unis, en tête, se trouvent pris dans un dilemme : s’engager davantage dans le conflit risquerait de provoquer des représailles houthies, comme en janvier 2022, lorsque des missiles balistiques avaient visé les Émirats et l’Arabie saoudite en réponse à une frappe ayant fait plus de 70 morts dans le nord du Yémen. Face à cette escalade, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a mis en garde contre le risque d’une guerre totale, « le plus élevé depuis la trêve du printemps 2022 ». Les sanctions américaines, via l’opération « Economic Outcast » du Département du Trésor, visent désormais à démanteler les réseaux financiers alimentant les milices pro-iraniennes en mer Rouge. Pourtant, malgré ces mesures, les Houthis continuent de consolider leur contrôle territorial, tandis que Téhéran dément officiellement toute implication directe. Une chose est certaine : la stabilité du Moyen-Orient dépend désormais de la capacité des acteurs régionaux à éviter une nouvelle spirale de violence, alors que les prix de l’énergie flambent et que les populations civiles paient le prix fort.