Une performance contrastée au T3 2026

La publication des comptes du troisième trimestre 2026 révèle une réalité complexe pour le leader mondial du luxe. Alors que l’entreprise avait enregistré une croissance des ventes de 3 % au deuxième trimestre, celle-ci s’est nettement ralentie à +1 % au troisième trimestre, totalisant un chiffre d’affaires de 18,50 milliards d’euros. Cette décélération est principalement imputable à la division Mode & Maroquinerie, qui a enregistré une baisse de 2 %.

Ce secteur pèse pour environ 80 % des profits totaux du groupe et a été directement touché par le refroidissement de la consommation en Chine. En revanche, les divisions Vins & Spiritueux et Distribution sélective ont surpassé les attentes avec respectivement +5 % et +6 %, tandis que le pôle Montres & Joaillerie a progressé de 8 %.

Cette résilience partielle permet au groupe de maintenir sa position de leader du CAC 40, bien que l’action ait perdu plus de 30 % depuis son point bas du mois d’octobre et qu’elle affiche un recul cumulé de plus de 41 % depuis le début de l’année 2026.

Les moteurs de croissance et les défis géopolitiques

Malgré ces turbulences, plusieurs analystes identifient des leviers de croissance structurels à moyen terme. Bank of America estime que le groupe bénéficiera d’un potentiel sur certains marchés émergents, notamment l’Inde, qui pourrait dépasser le Japon en termes de PIB, ou encore la Corée du Sud et l’Amérique latine. Selon les calculs de cette banque américaine, le juste prix de l’action LVMH serait estimé à 520 euros, un niveau très supérieur au cours actuel.

Cependant, la solidité du modèle économique est mise à l’épreuve par des facteurs externes majeurs. Les tensions géopolitiques, incluant le conflit au Moyen-Orient et une politique protectionniste de Donald Trump, ainsi qu’une crise immobilière persistante en Chine, dégradent la confiance des consommateurs locaux. De plus, la taxation à 20 % des trusts offshore ciblant les hauts patrimoines chinois accentue cette fragilité.

La question de la succession et le cours de l’action

Au-delà des performances financières immédiates, une incertitude structurelle pèse sur la valorisation du titre. Si Bernard Arnault a dirigé LVMH depuis près de 40 ans, sa présence à la tête du groupe commence à inquiéter certains investisseurs institutionnels qui exigent des éclaircissements sur la succession. À 77 ans, le dirigeant a voté en avril 2025 le relèvement de la limite d’âge à 85 ans pour ses fonctions, déclarant qu’il pourrait tenir le coup pendant dix ans supplémentaires.

Cette concentration du pouvoir entretient une décote de gouvernance durable sur le cours de l’action. La structure juridique, verrouillée via Agache Commandite SAS où chaque enfant détient 20 % des parts, ne répond pas pleinement à la question opérationnelle de savoir qui pilotera au quotidien l’empire.

Pour les investisseurs, il s’agit donc d’évaluer si le titre constitue une opportunité de fond de portefeuille pour sa solidité et son dividende de 13 euros par action (taux de rendement de 3,42 %), ou si la méfiance face aux risques macroéconomiques et de succession justifie d’attendre des multiples de valorisation plus faibles.