Marine Le Pen en tête, mais l’abstention écrase le scrutin

L’enquête Dedicated Research pour LN24, publiée le 15 septembre 2026, établit une hiérarchie inattendue : Marine Le Pen, figure centrale de l’extrême droite française, arrive en tête des préférences belges avec 10 % des réponses. Ce score, bien que modeste, dépasse ceux de ses concurrents directs. François Hollande, ancien président socialiste non candidat, recueille 8 % des intentions, tandis que Jordan Bardella, président du Rassemblement national, obtient 6 %. Marine Tondelier (Les Écologistes) et Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) ferment la marche avec respectivement 5 % et 4 %.

Pourtant, ces pourcentages ne doivent pas masquer l’écrasante domination de l’abstention : 47 % des sondés, soit près d’un répondant sur deux, choisissent de ne pas désigner de candidat. Parmi eux, 32 % déclarent ne pas se déplacer aux urnes et 15 % optent pour un vote blanc. Une proportion qui contraste avec le taux d’abstention réel enregistré en France lors du premier tour de 2022 (28,01 %), suggérant que la distance géographique et l’absence de conséquences concrètes du vote ont pu influencer les réponses.

Une popularité transpartisane, mais des clivages régionaux persistants

L’attrait pour Marine Le Pen ne se cantonne pas à un électorat spécifique. En Flandre comme en Wallonie, elle obtient 10 % des intentions, tandis qu’à Bruxelles, son score tombe à 9 %. Ces chiffres révèlent une porosité inattendue entre les débats politiques français et belges, notamment chez les électeurs du Vlaams Belang, où 28 % des sondés choisiraient la dirigeante d’extrême droite.

Plus surprenant encore, 14 % des électeurs du MR (Mouvement Réformateur) francophones se disent prêts à voter pour elle, un score supérieur à celui des électeurs de la N-VA (12 %). Marine Le Pen séduit également 8 % des sympathisants d’Ecolo et 7 % de ceux du PTB (Parti du Travail de Belgique), confirmant que son audience dépasse le cadre traditionnel de l’extrême droite. À l’inverse, elle ne convainc que 3 % des électeurs des Engagés, un parti chrétien-démocrate wallon.

Ces disparités géographiques et partisanes soulignent que, si l’extrême droite française bénéficie d’une visibilité médiatique et idéologique forte, son implantation électorale en Belgique francophone reste marginale — du moins dans les urnes.

Second tour : Gabriel Attal écrase la concurrence

L’exercice imaginaire mené par Dedicated Research ne se limite pas au premier tour. Dans des simulations de second tour opposant Gabriel Attal à Marine Le Pen, Jordan Bardella ou Jean-Luc Mélenchon, le centriste s’impose systématiquement comme le grand vainqueur. Il devance Édouard Philippe, tandis que les trois autres candidats s’équilibrent sans se départager clairement. Gabriel Attal obtient notamment 19 % des intentions chez les électeurs de DéFI, il obtient 18 % chez ceux des Engagés et 14 % % au MR, confirmant son ancrage dans les électorats centristes et libéraux.

Ces résultats, bien que fictifs, rappellent que le choix d’un candidat en situation réelle obéit à des logiques différentes de celles d’un sondage hypothétique. La notoriété des personnalités, leur positionnement médiatique et la perception de leur capacité à gouverner pèsent davantage dans un scrutin réel que dans une consultation sans enjeu.

Ce que révèle — et ce que cache — ce miroir belge

Ce sondage, réalisé auprès de 1 502 Belges âgés de 18 ans et plus, présente une marge d’erreur de 2,53 % pour des résultats proches de 50 %. Il ne mesure pas des intentions de vote réelles, mais des sympathies politiques dans un contexte où les conséquences d’un bulletin de vote français sont inexistantes. Pourtant, ses enseignements méritent d’être pris au sérieux. D’abord, il confirme que l’extrême droite française, malgré son rejet électoral en Belgique francophone, bénéficie d’une audience non négligeable dans l’opinion publique.

Ensuite, il révèle un décalage entre les sensibilités politiques et leur traduction électorale, notamment en Wallonie et à Bruxelles, où l’extrême droite reste structurellement faible. Enfin, il montre que les figures centristes comme Gabriel Attal ou Édouard Philippe bénéficient d’un capital de sympathie transfrontalier, même dans un exercice fictif.

Pour autant, ces chiffres ne doivent pas être interprétés comme une prédiction. L’absence de parti d’extrême droite francophone puissant, le cordon sanitaire politique et médiatique appliqué en Belgique francophone, et la notoriété limitée des candidats français au-delà de leurs frontières nationales expliquent en partie ces résultats. Le sondage Dedicated Research pour LN24 offre ainsi moins une photographie des rapports de force politiques qu’un éclairage sur les porosités idéologiques entre la France et la Belgique — et sur les limites d’un exercice purement hypothétique.