Nantes cartographie ses nuits : la « trame noire », ou l’urbanisme de l’obscurité
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Il fallait bien qu’un jour la nuit devînt un objet d’urbanisme. C’est chose faite à Nantes Métropole, dont les services ont produit en 2023 une cartographie de la « trame noire » : l’ensemble connecté des réservoirs de biodiversité et des corridors écologiques suffisamment obscurs pour accueillir la faune nocturne. Le jeu de données, diffusé via data.gouv.fr, distingue notamment une « trame noire à préserver », correspondant aux secteurs de la métropole dépourvus d’éclairage public. Derrière l’apparente aridité technique, une bascule : la nuit cesse d’être un vide à combler de lampadaires pour redevenir un milieu à protéger. Cela concerne chaque habitant, ne serait-ce que parce que le halo lumineux au-dessus de sa rue n’est plus un progrès neutre.
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Une donnée fabriquée par deux services, et ce n’est pas un détail
La cartographie a été constituée par le service Recherche et Biodiversité, rattaché à la Direction Nature et Jardins de Nantes Métropole, avec le concours du service EPICE — Éclairage Public et Infrastructures de Communications Électroniques — de la Direction de l’Espace Public. Autrement dit, ceux qui étudient le vivant et ceux qui gèrent les lampadaires ont, pour une fois, travaillé sur la même carte. On saluera cette conjonction, tant l’histoire administrative des villes fut longtemps celle de directions qui s’ignoraient poliment.
La méthodologie retenue s’inspire de celle du CPIE Loire-Anjou, le Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement, référence de terrain en la matière. Il ne s’agit donc pas d’un exercice improvisé, mais d’une transposition locale d’un cadre déjà éprouvé.
Ce que dit précisément la « trame noire à préserver »
Selon la définition retenue dans le jeu de données publié sur data.gouv.fr, la « trame noire à préserver », dite fonctionnelle, désigne les secteurs de la métropole qui ne comportent pas d’éclairage public. La définition est d’une sobriété désarmante : est nuit ce qui n’est pas éclairé par la collectivité. On mesure, à cette simplicité, le chemin parcouru — et celui qui reste. Car reconnaître qu’un espace non éclairé constitue une ressource écologique, et non une lacune à corriger, suppose de renverser un réflexe municipal séculaire.
Le vocabulaire officiel parle de « sous-trames » : la trame noire n’est pas un bloc uniforme, mais un tissu de réservoirs et de corridors dont la valeur tient à leur connexion. Une clairière obscure isolée entre deux zones surexposées ne suffit pas : c’est la continuité qui fait le refuge.
Ce que le jeu de données ne dit pas encore
Le contexte publié précise que les couches ont été créées en 2023, et détaille la « trame noire à préserver ». Il ne fournit pas, dans les éléments dont nous disposons, la superficie concernée, la part du territoire métropolitain visée, ni le détail des autres couches — notamment celles qui concerneraient les secteurs à reconquérir, pourtant annoncés par l’intitulé même du jeu. Ce sont précisément ces éléments qu’il faudra scruter à mesure que la donnée sera exploitée, débattue et, on l’espère, traduite en décisions d’extinction ou de modulation de l’éclairage.
Ce que le riverain peut en faire
La donnée est publique. Toute association naturaliste, tout conseil de quartier, tout habitant curieux peut la consulter sur data.gouv.fr et confronter la carte officielle à la réalité de sa rue. C’est là l’usage démocratique le plus utile d’une open data bien tenue : permettre à chacun de demander, pièces en main, pourquoi tel corridor identifié comme fonctionnel se voit un jour bordé d’un nouveau candélabre. La trame noire ne vivra que si l’on refuse de la laisser se dissoudre, lampadaire après lampadaire, dans l’indifférence polie des arbitrages techniques.
Source : data.gouv.fr — https://www.data.gouv.fr/datasets/trame-noire-a-preserver-ou-a-reconquerir-a-nantes-metropole
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