Une victoire face à une sélection polémique

La cérémonie s’est déroulée dans un cadre intime mais chargé d’émotion, le restaurant Drouant au cœur de Paris. Philippe Claudel, président de l’Académie Goncourt, a annoncé la décision depuis les marches de l’établissement. Le choix du jury n’a pas été sans controverse, marquant une rupture nette avec la sélection précédente. En effet, le roman « C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien avait initialement figuré parmi les candidats avant d’être retiré.

L’auteur canado-haïtien était accusé d’avoir recouru à l’intelligence artificielle pour rédiger son œuvre, une pratique qui a heurté les membres du jury et conduit à son élimination précoce. Cette polémique a encadré la lecture des autres titres en lice, dont celui de Philippe Jaenada qui s’est imposé par six voix contre trois pour le roman suivant d’Yannick Haenel.

Un roman ancré dans l’histoire criminelle

Le livre récompensé, « L’Inconnue du quai de Javel », se distingue par son approche historique et littéraire. Philippe Jaenada y mène une enquête fictive mais documentée sur le meurtre d’une femme dans la capitale française à la fin des années 1940. Selon les éléments fournis par l’auteur, il s’agit du cas de Louise Cansot, une jeune Bretonne tuée alors qu’elle était au sommet de sa carrière de modèle.

L’ouvrage vise à rendre visible une victime qui a longtemps été invisibilisée par la police et l’histoire officielle. Cette démarche s’inscrit dans la veine intimo-policière que l’écrivain affectionne, ayant déjà conquis un lectorat fidèle avec des romans sur des affaires criminelles comme « Sulak », « La Petite Femelle » ou encore « La Serpe ». Le travail de documentation est ici central pour reconstituer une époque et donner une voix à une disparue.

Une distinction qui ne bouleverse pas l’existence de l’auteur

Lorsqu’il a été interrogé après la lecture de son nom, Philippe Jaenada a exprimé sa satisfaction avec des mots simples. « Je me sens joyeux », avait-il déclaré à son arrivée au restaurant. Cependant, il a rapidement apporté une nuance essentielle quant à la portée de ce succès. L’écrivain de 62 ans a confié que le prix changerait probablement sa carrière, en termes de visibilité et de ventes, mais qu’il ne modifierait certainement pas sa vie personnelle.

Cette distinction, qui lui permet de faire connaître son livre et de vendre plus d’exemplaires, reste pour lui un moyen important de diffusion sans altérer ses fondamentaux existentiels. Il a également rappelé que recevoir un prix littéraire est formidable car cela constitue l’un des moyens les plus efficaces pour toucher de nouveaux lecteurs.