Territoire : Suisse
Propos antisémites en Suisse romande : la CFR alerte sur un risque pénal
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Selon la RTS, une conférence d’extrême droite organisée en juillet dans le canton de Vaud a connu un succès inattendu en ligne après sa diffusion, début septembre. À la demande de la RTS, la Commission fédérale contre le racisme (CFR) a examiné les vidéos et estimé que certains propos étaient susceptibles de relever de l’article 261bis du Code pénal ; elle précise ne pas être une autorité pénale et ne pas se prononcer sur leur qualification définitive. À la dernière mise à jour de l’article de la RTS, le 14 septembre, le Ministère public vaudois indiquait qu’aucune instruction n’était ouverte.
Une conférence déplacée, puis diffusée en ligne
D’après la RTS, trois figures de l’extrême droite radicale française se sont rendues mi-juillet en Suisse romande pour une conférence ayant pour thème « Quel avenir pour l’Europe blanche ? ». Elles étaient invitées par Résistance Helvétique, un groupuscule nationaliste suisse que la RTS décrit comme particulièrement discret. La rencontre devait avoir lieu dans un local de La Chaux-sur-Cossonay ; les autorités locales ont fait annuler la location de la salle, et orateurs et public se sont finalement réunis devant un refuge de Saint-Cierges, dans le Gros-de-Vaud.
Contacté par la RTS, Résistance Helvétique a refusé de répondre aux questions, invoquant un manque de confiance dans la manière dont ses propos pourraient être interprétés. Le groupuscule organise régulièrement des conférences, mais c’est la première fois qu’il fait intervenir de tels orateurs, précise la RTS.
Début septembre, les interventions ont été diffusées sur les réseaux sociaux. La RTS rapporte « entre 17’000 et 23’000 vues » pour les orateurs vedettes, contre seulement quelques centaines pour les précédentes publications du mouvement, et évoque plusieurs dizaines de milliers de vues au total. Selon elle, cette popularité prospère sur fond d’antisémitisme assumé.
Les intervenants cités par la RTS
Vincent Reynouard, présenté par la RTS comme ouvertement révisionniste, a été condamné le 8 juin à Paris à dix mois de prison pour contestation de crime contre l’humanité. Il a fait appel : la décision n’est donc pas définitive, et il déclare être pour l’instant en liberté. Me Corinne Matouk, avocate de l’Organisation juive européenne engagée dans plusieurs procédures françaises le concernant, affirme qu’il fait systématiquement appel pour poursuivre ses activités, et dit plaider avec un confrère devant le tribunal et la cour d’appel au moins une fois par trimestre.
Henri de Fersan, auteur d’un ouvrage de fiction qui imagine un monde dominé par le national-socialisme, se revendique franquiste. Il a confié au 19h30 de la RTS être venu en Suisse pour échapper à la surveillance des autorités françaises, à la veille d’une élection présidentielle sous haute tension, et il s’attend à une répression qui va « en se démultipliant » avec la prochaine année.
Jérôme Bourbon, directeur de la revue Rivarol, est présenté par la RTS comme déjà condamné en France pour contestation de crime contre l’humanité et provocation à la haine envers les juifs. Selon la RTS, il a déclaré lors de la conférence, à propos de l’habitude d’amener des enfants des écoles à Auschwitz ou au mémorial de la Shoah, que c’était « pour vraiment en faire des judéo-serviles ». Il n’a pas donné suite aux sollicitations de la RTS.
Le professeur d’histoire contemporaine Damir Skenderovic, de l’Université de Fribourg, spécialiste de l’extrême droite, voit dans cet événement l’illustration de la place particulière que la Suisse peut occuper pour l’extrême droite européenne. Selon lui, concerts et conférences s’y tiennent régulièrement, et leurs participants se disent qu’on peut y manifester « sans que les autorités interviennent ».
Ce que la CFR a examiné
À la demande de la RTS, la CFR a examiné les vidéos des conférenciers. Elle estime que certains propos sont susceptibles de relever du champ d’application de l’article 261bis du Code pénal et méritent un examen attentif par les autorités compétentes. Selon la CFR, cet article sanctionne notamment le fait de nier, de minimiser grossièrement ou de justifier un génocide ou d’autres crimes contre l’humanité. Certains propos relatifs à la Shoah et à la Seconde Guerre mondiale peuvent être pertinents à cet égard, et d’autres reprennent des stéréotypes antisémites.
La CFR précise qu’elle n’est pas une autorité pénale : elle ne se prononce pas sur la qualification pénale définitive de ces propos, qui doit être appréciée en fonction de leur teneur exacte et de leur contexte.
Ce que disent les juristes
Pour l’avocat Pierluca Degni, spécialiste du droit pénal, les propos liés à la Shoah sont problématiques : minimiser, voire tourner en ridicule la commémoration de cet événement pose sérieusement la question de la discrimination raciale, car il s’agit d’un fait historique reconnu comme tel par le Tribunal fédéral.
L’avocate pénaliste Miriam Mazou rappelle que l’article 261bis punit la personne qui prend publiquement la parole, mais expose aussi à des poursuites celui qui organiserait de telles manifestations de propagande ou diffuserait une telle idéologie discriminatoire. Selon la RTS, Résistance Helvétique, en tant qu’organisateur et diffuseur des vidéos, pourrait donc devoir s’en expliquer.
Où en est la justice
À la dernière mise à jour de l’article de la RTS, le Ministère public vaudois indiquait qu’aucune instruction n’avait été ouverte en lien avec ces propos. La police cantonale disait avoir été informée de la réunion vers 21h30 et avoir constaté à son arrivée que la conférence était terminée, sans infraction constatée. Cette situation date du 14 septembre : elle a pu évoluer depuis.
Source : RTS — https://www.rts.ch/info/regions/vaud/2026/article/vaud-propos-antisemites-lors-d-une-reunion-d-extreme-droite-29355845.html
Correction du 13 octobre 2026 : la version publiée le 14 septembre écrivait que Vincent Reynouard avait « purgé » dix mois de prison, alors que la RTS indique qu’il a été condamné le 8 juin à dix mois de prison, qu’il a fait appel et que la décision n’est pas définitive. Elle étendait à tous les organisateurs la volonté d’échapper à la surveillance française, déclarée par un seul orateur à propos de lui-même, présentait l’article 261bis comme réprimant « spécifiquement » les stéréotypes antisémites et évoquait « la gravité des constatations de la CFR », alors que cette commission ne se prononce pas sur la qualification pénale. Ces points sont rectifiés.
À lire ensuite
Sources et traçabilité · 1 source
Les sources citées ci-dessous documentent le sujet ; leur nombre ne prouve pas qu’elles confirment toutes la même information.
- Vaud : propos antisémites lors d'une réunion d'extrême droite | RTSrts.ch
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