Propos antisémites en Suisse romande : la CFR alerte sur un risque pénal
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Une conférence d’extrême droite tenue dans le canton de Vaud a suscité des inquiétudes après la diffusion en ligne de propos antisémites jugés potentiellement pénaux par la Commission fédérale contre le racisme. Cet événement, qui a attiré plusieurs dizaines de milliers de vues sur les réseaux sociaux depuis dix jours, met en lumière l’utilisation stratégique du territoire suisse par des militants français fuyant la répression nationale.
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Le paysage médiatique suisse romand a été secoué par la mise en ligne, il y a dix jours, d’une conférence d’extrême droite organisée cet été dans le canton de Vaud. Ce rassemblement, initialement prévu au sein d’un local à La Chaux-sur-Cossonay avant que les autorités locales n’en annulent la location, s’est finalement tenu devant un refuge de Saint-Cierges, dans la région du Gros-de-Vaud. L’événement a suscité une attention numérique importante, générant plusieurs dizaines de milliers de vues sur les réseaux sociaux dès le début du mois de septembre.
Une stratégie d’évitement et de diffusion numérique
L’organisation de cette rencontre repose sur une volonté délibérée de contourner la surveillance française. Parmi les intervenants figurent trois personnalités radicales venues de France, dont Henri de Fersan, un auteur se revendiquant franquiste. Ce dernier a explicitement déclaré au 19h30 de la RTS qu’il cherchait à échapper aux contrôles des autorités françaises, prévoyant une intensification de la répression dans le contexte de l’élection présidentielle de 2027. Cette stratégie de déplacement vers la Suisse romande est corroborée par les observations du professeur Damir Skenderovic de l’Université de Fribourg. Ce spécialiste souligne que la Suisse offre un terrain propice pour des concerts ou des conférences d’extrême droite, car certains acteurs y perçoivent une absence d’intervention autorités.
Parmi les conférenciers se trouvait également Vincent Reynouard, figure révisionniste condamné par le passé à Paris. Bien qu’il ait purgé dix mois de prison pour contestation de crime contre l’humanité en juin dernier, il a fait appel et demeure actuellement en liberté. Sa présence est régulièrement dénoncée par Me Corinne Matouk, avocate de l’Organisation juive européenne, qui souligne que ses activités judiciaires sont quasi permanentes, avec des comparutions devant les tribunaux au moins une fois chaque trimestre.
Des propos problématiques sous le regard de la CFR
Le contenu même des interventions a déclenché une alerte juridique. Jérôme Bourbon, directeur de la revue Rivarol et déjà condamné en France pour provocation à la haine envers les juifs, a tenu des propos visant la commémoration de la Shoah. Il a critiqué l’enseignement historique sur Auschwitz en évoquant le terme de « judéo-serviles ». Face à ces déclarations, la Commission fédérale contre le racisme (CFR) a analysé les vidéos et estimé que certains extraits pourraient entrer dans le champ d’application de l’article 261bis du Code pénal. Cette disposition réprime spécifiquement la minimisation grossière ou la justification de crimes contre l’humanité, ainsi que la diffusion de stéréotypes antisémites.
L’avocat Pierluca Degni précise que le fait de tourner en dérision un événement historique reconnu par le Tribunal fédéral pose des questions sérieuses sur la discrimination raciale. Par ailleurs, Miriam Mazou souligne que la responsabilité pénale ne pèse pas uniquement sur l’orateur : celui qui organise une telle propagande ou qui diffuse une idéologie discriminatoire est également exposé à des poursuites.
Un bilan opérationnel sans suite judiciaire immédiate
Malgré la gravité des constatations de la CFR, le Ministère public vaudois indique qu’aucune instruction n’a été ouverte pour l’heure. La police cantonale, bien que informée de la réunion vers 21h30, a constaté sur place que les activités étaient déjà achevées sans relever d’infraction immédiate. Le mouvement nationaliste suisse Résistance Helvétique, qui a invité ces intervenants, reste particulièrement discret et a refusé de répondre aux sollicitations médiatiques, invoquant une méfiance quant à l’interprétation de ses propos. Pour autant, le succès numérique est indéniable : les interventions des vedettes ont atteint entre 17 000 et 23 000 vues, un contraste saisissant avec les publications précédentes du groupuscule.
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