Une propagation en ligne qui inquiète chercheurs et témoins

Le dimanche 6 septembre 2026, la cérémonie parisienne a rappelé la fragilité de la transmission directe alors qu’il ne reste qu’une poignée de survivants. À 101 ans, Ginette Kolinka, l’une des dernières rescapées d’Auschwitz-Birkenau, n’a pas internet et ne connaît ni TikTok, ni X, ni Instagram, tout en rappelant que « le problème de l’antisémitisme et des négationnistes, c’est qu’ils sont toujours là ».

Sur les réseaux sociaux, l’UNESCO constatait dès son rapport de juillet 2022 que la négation et la déformation de l’Holocauste continuaient de se propager en ligne à une vitesse alarmante. Sur TikTok, 17 % des contenus publics liés à l’Holocauste niaient ou déformaient les faits, une proportion atteignant 26 % en français, 20 % en allemand et 16 % en anglais.

Des outils d’intelligence artificielle utilisés pour fabriquer des « vrai-faux »

À côté du négationnisme militant, des contenus créés avec l’intelligence artificielle déforment désormais l’histoire à des fins mercantiles ou idéologiques. L’historien Tal Bruttmann, spécialiste de la Shoah et du décryptage des photos d’époque, cite une fausse image en noir et blanc montrant un déporté jouant du violon : « Les barbelés sont posés n’importe comment. Et quand ils sont posés n’importe comment, on sait que c’est un faux. »

Le chercheur redoute toutefois à moyen terme la production de « vrai-faux » plus crédibles, alourdissant considérablement le travail de vérification des historiens. Pour Karel Fracapane, chargé des questions de mémoire et d’éducation à l’UNESCO, cette falsification « consiste quand même à représenter de manière délibérée des faits historiques qui sont erronés donc c’est vraiment une désinformation », dont les réseaux sociaux deviennent les principaux vecteurs.

Des écarts marqués selon la modération des plateformes

Le rapport publié en 2022 par l’UNESCO mettait en évidence l’effet direct des règles de modération sur la diffusion de ces récits. Sur Telegram, dépourvu de modération ciblée ou de directives concernant la Shoah, 49 % des contenus relatifs au sujet niaient ou déformaient les faits, contre 8 % sur Facebook.

Sur le terrain pédagogique, des enseignants adaptent leurs formations pour exercer la vigilance des élèves dès le secondaire. Romain Blandre, professeur d’histoire à Strasbourg et correspondant académique du Mémorial de la Shoah, analyse ainsi devant ses collègues et élèves des vidéos diffusées sur des plateformes non modérées comme Gab et Odyssee, notamment celles de Vincent Reynouard niant l’assassinat des 86 victimes juives au Struthof.

Un changement de nature qui complique la réfutation historique

Dans un essai intitulé The Death of History publié par The Free Press et relayé par 21news, l’historien Niall Ferguson et le spécialiste de l’IA John-Clark Levin estiment que les historiens peinent désormais à imposer les faits face aux formats courts et à la dérision algorithmique. Là où d’anciens pamphlets imitaient l’argumentation académique et restaient réfutables point par point, des influenceurs suivis par de larges audiences misent désormais sur la provocation, la relativisation ou l’ironie.

Sources : franceinfo — https://www.franceinfo.fr/societe/antisemitisme/negationnisme-distorsion-de-l-histoire-visee-ideologique-la-desinformation-sur-la-shoah-tres-presente-sur-les-reseaux-sociaux_8178749.html ; UNESCO — https://www.unesco.org/fr/articles/une-etude-de-lunesco-sur-les-medias-sociaux-met-en-evidence-la-virulence-de-la-negation-et-de-la ; 21news — https://www.21news.be/negationnisme-de-lholocauste-sur-les-reseaux-sociaux-les-historiens-auraient-perdu-la-bataille/