Thélyson Orélien a brisé son silence pour répondre aux accusations qui pèsent sur son roman « C’était ça ou mourir ». L’auteur de 38 ans, installé au Québec depuis 2010 après avoir quitté Haïti, publie une déclaration ferme via son éditeur québécois, les Éditions du Boréal. Il y nie catégoriquement toute utilisation d’une intelligence artificielle lors de l’écriture de l’œuvre, qualifiant ces allégations de « calomnie et hérésie ». Selon lui, bien qu’il ait recours à des outils pour certaines recherches, notamment sur les idiomes étrangers, aucune phrase du livre n’a été générée par une machine.

Un passé d’erreurs reconnu mais distinct du roman actuel

Dans son texte, l’écrivain aborde également les critiques portées sur ses publications antérieures. Il évoque des auteurs qu’il admirait profondément, tels que Depestre, Glissant ou Césaire, et avoue avoir parfois voulu s’approprier leurs rythmes. Thélyson Orélien admet alors avoir commis des « erreurs de jeunesse » inacceptables, notamment par manque d’expérience à ses débuts. Il précise cependant qu’admirer un style ne légitime pas la prise de textes qui ne sont pas les siens. Pour ce roman spécifique, débuté en 2017 et achevé en 2019, il affirme que le récit vient directement de lui, fruit de ses propres blessures d’exil et de migration.

Le poids des critiques et la réalité des ventes

La polémique a eu un impact immédiat sur la carrière de l’auteur. Depuis fin septembre, ses activités promotionnelles ont été interrompues, obligeant à l’arrêt de sa tournée en France et à l’annulation de sa présence au Salon du livre de l’Estrie. Malgré ces tempêtes médiatiques, le roman demeure un phénomène de vente. Les ventes dépassent actuellement les 65 000 exemplaires.

L’ouvrage a d’abord été publié par Grasset en France avant son édition aux Éditions du Boréal au Québec. Il avait initialement figuré sur plusieurs listes de prix littéraires, bien qu’il ait été écarté des sélections finales du Goncourt, Femina et Décembre. Il est cependant encore en lice pour le prix Médicis.

Un débat qui dépasse le cas individuel

Au-delà de l’affaire personnelle, la controverse soulève des questions éthiques sur le rôle de l’IA dans la création littéraire. Certains éditeurs régionaux appellent à ne pas donner trop d’importance à ce qu’ils qualifient de « fausse polémique ». D’autres, comme Pierre Audoux, cofondateur des éditions Verdier, voient là une révolution technologique comparable à l’arrivée du cinéma parlant. L’essayiste Elise Thiébaut intervient pour rappeler que la définition de l’auteur reste floue et que le succès d’un livre ne constitue pas en soi une imposture, même si son origine technique était débattue. La question se pose désormais de savoir si un label « 100 % humain » pourrait véritablement changer le regard des lecteurs sur une œuvre qui les touche.