Une prévision prudente mais inquiétante pour le consommateur

Interrogé récemment, Thierry Cotillard a estimé qu’il y aurait une inflation de l’ordre de « 2 (à) 3 % » des prix dans la grande distribution en 2027. Ce chiffre ne doit pas être pris comme une certitude absolue, mais plutôt comme un horizon de risque que le patron d’Intermarché souhaite contenir. Il a explicitement reconnu la nécessité pour les industriels de proposer un « prix juste », afin de garantir la rémunération du monde agricole et la préservation du tissu industriel ainsi que des emplois. Cependant, il avertit que si la responsabilité collective n’est pas au rendez-vous, le risque est que cette augmentation dépasse largement ces marges prévisibles. Le dirigeant s’engage personnellement à faire en sorte que la hausse reste maîtrisée, soulignant qu’il va tout faire pour que l’objectif de 2 % soit respecté.

Les causes structurelles et les défis géopolitiques

La principale cause identifiée par Thierry Cotillard pour expliquer cette tendance haussière réside dans les répercussions directes de la guerre au Moyen-Orient. Ce conflit prolongé perturbe les chaînes d’approvisionnement mondiales et alourdit les coûts logistiques, obligeant les acteurs économiques à revoir leurs stratégies tarifaires. Cette situation rappelle les tensions vécues il y a quelques années, où la demande dépassait les stocks disponibles. Aujourd’hui, le paysage a changé : les carnets de commandes sont vides et la dynamique du marché s’est inversée. Thierry Cotillard prend l’exemple concret du cacao, dont le cours de la fève a grimpé de 30 %, entraînant une doublement du prix de la tablette de chocolat en rayon. Ce phénomène illustre comment les marchés peuvent verrouiller des niveaux de prix élevés qui ne baissent pas lorsque les coûts initiaux diminuent.

L’appel à la transparence et aux aides ciblées

Face à cette perspective, le patron des Mousquetaires lance un appel urgent à la transparence sur les coûts réels supportés par les industriels. Il dénonce fermement l’existence de « profiteurs de crise » qui profiteraient de la situation pour gonfler leurs marges au détriment des familles. Pour éviter que ces tensions ne paralysent les rayons, il il sollicite une renégociation immédiate des tarifs avec les industriels, sans se limiter au planning habituel des négociations commerciales traditionnellement prévu entre décembre et mars. Cette approche pragmatique contraste avec la rigidité du système actuel où l’on n’entre en négociation qu’une seule fois par an en France. Thierry Cotillard soutient également le plan du pouvoir exécutif visant à concentrer les soutiens sur le prix de l’essence, tout en réclamant un élargissement rapide du chèque énergie pour les ménages aisés. Il refuse cependant une distribution dispersée de bons de 100 euros destinés aux personnes dont la perte annuelle est décuplée, prônant une aide strictement ciblée sur les ménages les plus vulnérables. L’économiste Éric Heyer, prévisionniste à l’OFCE, partage d’ailleurs cette analyse en soulignant que les protections tarifaires totales ont absorbé plus de 70 milliards d’euros sans offrir un soulagement pérenne aux foyers. Pour lui, il ne faut pas reproduire l’erreur de 2022 et il appelle à stopper le gâchis des aides inefficaces.