L’annonce du 7 septembre et ses justifications avancées

Dans son message lundi après-midi, le président américain s’est exprimé en termes péremptoires : « FINIES LES VENTES DE BOMBARDIER AUX ÉTATS-UNIS ! Ses produits ne sont pas assez bons ! » Selon Trump, l’entreprise aéronautique québécoise tire l’essentiel de sa prospérité des « acheteurs américains [et] aux entreprises américaines », tandis que le Canada opposerait des obstacles aux institutions financières et aux groupes économiques des États-Unis partout aux États-Unis. L’absence de détails sur les instruments juridiques susceptibles de concrétiser cette interdiction demeure frappante — Trump n’a fourni aucune précision sur un projet législatif, un décret ou un mécanisme tarifaire.

Le contentieux Gulfstream et la certification aéronautique

La déclaration s’inscrit dans un différend antérieur portant sur les certifications d’aéronefs. Trump a mentionné que Gulfstream Aerospace, filiale de General Dynamics basée en Géorgie, s’était vu « empêcher » de faire affaire au Canada — une situation qu’il qualifie d’« injuste et d’inéquitable ». Le président a rapporté qu’un de ses amis avait récemment acheté un jet Gulfstream mais ne pouvait pas l’utiliser au Canada, ajoutant que cette restriction durerait « environ neuf ans ». Selon Radio-Canada, après un appel téléphonique au premier ministre canadien, l’aéronef aurait finalement reçu sa certification « en l’espace de deux heures ».

Cette controverse met en lumière la concurrence directe entre les fabricants : les jets Global 8000 de Bombardier, construits au Canada, rivalisent avec les G700 et G800 de Gulfstream. Au Canada, les appareils Gulfstream ont effectivement subi un retrait temporaire de certification dans la dernière année, avant rétablissement en février selon Radio-Canada. Cette décision de Transport Canada reposait sur des enjeux de sécurité sans lien avec Bombardier. Les craintes portaient sur des défaillances des systèmes de dégivrage risquant de bloquer l’alimentation en carburant en altitude lors de formation de glace — problématiques affectant spécifiquement les modèles G700 et G800. La mesure s’appuyait sur les préoccupations de l’Administration fédérale de l’aéronautique américaine (FAA).

La réalité des enjeux commerciaux et l’absence de trajectoire opérationnelle

Radio-Canada rapporte que Bombardier aurait dégagé environ 5,3 milliards de dollars de ventes aux États-Unis en 2025 — un chiffre qui révèle la dépendance réelle du groupe au marché américain. Trump affirme que plus de 50 % des revenus de l’avionneur proviendraient des États-Unis, bien que la source précise ne pas avoir pu vérifier immédiatement cette affirmation.

La déclaration présidentielle reste toutefois dénuée de contenu opérationnel. Aucun projet législatif n’est mentionné, aucun texte réglementaire n’est cité, aucune date de mise en application n’est fixée. Trump n’a pas distingué ses produits — avions commerciaux, jets d’affaires ou composants — ni précisé si cette mesure ciblerait la vente, l’importation, les licences ou l’utilisation sur le territoire américain. Le flou contraste avec la brutalité du ton, typique des annonces trumpiennes lancées sans préparation législative préalable. Reste à déterminer si cette déclaration de Truth Social sera suivie d’une action concrète, d’un projet de loi ou d’un recours à des pouvoirs exécutifs existants — une clarification que les développements à venir devront apporter.