Wayne Eyre, général à la retraite et ancien chef d’état-major des Forces armées canadiennes, livre aujourd’hui un avertissement sans équivoque à travers ses mémoires intitulés Into the Breach. L’ancien officier superintendant revient sur les troubles civils qui ont secoué Ottawa en hiver 2022, précisant que les militaires auraient été capables de mater physiquement le convoi des camionneurs bloquant la capitale.

Cette capacité opérationnelle n’a pourtant jamais été utilisée, car le bilan humain et institutionnel aurait été catastrophique. L’ancien commandant explique qu’il s’est rendu personnellement au gouvernement pour dissuader toute escalade vers l’emploi de la force létale par l’armée.

Un refus catégorique face à l’intervention militaire

Dans ses écrits récents, le général Eyre détaille sa position ferme concernant les mesures prises durant la pandémie de la COVID-19. Il rappelle que la colline du Parlement d’Ottawa a été envahie par des manifestants hostiles aux règles sanitaires et à l’obligation de vaccination imposée aux transporteurs routiers. Face à cette situation, il affirme avoir expliqué clairement aux décideurs politiques que les Forces armées canadiennes n’étaient pas adaptées pour gérer ce type de conflit interne.

Il avertit spécifiquement que le passage d’une police régulière à une force militaire entraînerait une escalade trop rapide vers la violence meurtrière, contrairement aux outils et formations des policiers.

L’avis du premier ministre et les scénarios envisagés

Lors de sa rencontre avec Justin Trudeau et ses proches collaborateurs le 10 février 2022, Wayne Eyre a tenté de convaincre l’exécutif fédéral que la mobilisation des soldats serait une erreur stratégique. Bien que le premier ministre ne soit pas en faveur de cette intervention, plusieurs hauts fonctionnaires et ministres ont pourtant envisagé d’ouvrir de force les passages frontaliers bloqués, notamment le pont Ambassador reliant Windsor à Détroit.

Le général Eyre note avec regret que l’armée a dû rester invisible dans la capitale nationale pour éviter d’alimenter les tensions. C’est finalement la Gendarmerie royale du Canada (GRC), déployée à partir du 18 février, qui a réussi à dégager les rues de la ville.

Une leçon difficile à retenir

L’ancien chef d’état-major insiste sur le fait que toute intervention militaire dans un conflit civil au Canada risque de mal finir pour l’institution. Il craint que la population ne finisse par redouter ses propres soldats, une situation qu’il juge inacceptable. Pour lui, les dirigeants politiques doivent éviter de voir dans l’armée une solution facile lors de crises majeures.

Les Forces armées canadiennes ont tout fait pour s’effacer durant ces événements, sachant que leur simple présence pourrait accroître le désordre social. Wayne Eyre espère désormais que ces faits sont enfin clairs et que les leaders politiques en tireront une leçon durable.