L’ascension d’un industriel aux mains lourdes

Alfred Bernhard Nobel voit le jour à Stockholm en 1833 au sein d’une famille d’industriels et de chercheurs. Dès son jeune âge, il s’oriente naturellement vers la chimie des explosifs, suivant la voie tracée par son père. À seulement 17 ans, il quitte sa Suède natale pour étudier à Paris sous la direction du chimiste réputé Jules Pelouze. C’est dans cette capitale française qu’il rencontre Ascanio Sobrero, ayant récemment synthétisé la nitroglycérine, une substance explosive nettement supérieure à la poudre noire toutefois très instable. Une fois revenu en Suède, Alfred Nobel consacre toute son attention à ce produit révolutionnaire, cherchant à le rendre plus sûr et maniable. En 1867, il parvient à conditionner la glycérine avec de la terre diatomacée pour créer la dynamite, un outil indispensable pour les grands chantiers mondiaux. Cependant, cette invention a aussi une utilisation militaire particulièrement meurtrière qui ternit son image, faisant de lui un sinistre marchand de mort aux yeux de certains contemporains.

Le testament d’un homme en quête de gloire éternelle

La décision de créer le prix Nobel serait née d’un quiproquo tragique. En 1888, son frère cadet Ludvig succombe dans le sud de la France. Les journaux locaux mélangent les deux frères et diffusent un obituaire pour Alfred Nobel en l’appelant « marchand de mort ». Affecté par cette erreur judiciaire médiatique et frustré par ces attaques publiques, l’inventeur décide de changer radicalement son héritage. Il rédige alors un testament où il destine presque tout son patrimoine à l’établissement d’une récomponyme portant son nom. Dans ses instructions précises, il stipule que le capital sera placé en fonds sûrs et que les intérêts seront distribués chaque année sous forme de primes à à des personnes ayant, durant l’année écoulée, contribué le plus au bien-être de l’humanité. Il choisit cinq domaines : la physique, la chimie, la physiologie ou médecine, la littérature et la paix.

Une institution née de la gestion d’une fortune colossale

À sa mort en 1896, les exécuteurs testamentaires Ragnar Sohlman et Rudolf Lilljequist se voient confier une tâche immense : gérer les 31 millions de couronnes suédoises laissées par le défunt. Ils créent la Fondation Nobel pour assurer la pérennité de cette institution. Les premiers prix sont décernés en 1901, soit six ans après la disparition du testateur. Chaque lauréat reçoit une médaille d’or, un diplôme et une dotation qui s’élève aujourd’hui à 12 millions de couronnes suédoises, soit environ 1 million d’euros. Cette somme représente l’équivalent de vingt années de salaire d’un professeur suédois aux débuts de l’institution. Les nominations sont ouvertes à des milliers de membres d’académies et de professeurs, mais les noms des candidats ne peuvent être divulgués qu’après cinquante ans. Le prix de la paix est le seul décerné par un comité norvégien, tandis que les autres récompensent des travaux scientifiques ou littéraires souvent validés après des décennies d’étude.