Un modèle économique basé sur la dissimulation

L’architecture de l’agence repose sur un système de gestion rigoureux qui vise à masquer les transactions aux yeux des forces de l’ordre et des tiers. James Toth, le dirigeant de l’établissement, explique à sa collaboratrice infiltrée que chaque escorte doit laisser une enveloppe contenant son argent dans la chambre d’un appartement du complexe résidentiel. Il précise qu’il y a neuf appartements au 950, mais possède un autre immeuble deux blocs plus loin. Le patron indique que les clients sont facturés 280 dollars par passe, tandis que les travailleuses gardent 200 dollars pour elles-mêmes. La part du patron est récupérée à la fin de la journée par une personne désignée qui collecte toutes les enveloppes cachées. Ce système permet au dirigeant de se présenter comme graphiste ou comptable sur ses documents officiels, tout en signant quotidiennement des annonces sur des forums en ligne pour mettre en avant la disponibilité de ses employées.

La réalité du terrain et le contrôle absolu

Loin de l’image rassurante que tente d’inculquer le patron, les témoignages recueillis par Radio-Canada dépeignent un environnement de travail marqué par une violence systémique et un manque de liberté. Les travailleuses doivent fournir ce qu’on appelle le GFE, ou Girl Friend Experience, qui inclut toujours une pénétration avec préservatif et une fellation sans protection. Cependant, les extras demandés par les clients sont facturés aux travailleuses elles-mêmes. Justine*, une ancienne escorte recrutée par Euphoria, confie que le patron prenait avantage des jeunes filles et qu’il devait lui remettre l’argent dans un tiroir de l’appartement. Elle décrit cela comme un mode de pouvoir où tous les pimps ont un besoin de contrôle total.

Violence, coercition et impunité relative

La réalité vécue par les travailleuses dépasse souvent le cadre du simple travail sexuel pour entrer dans celui de l’exploitation et des sévices. Léa, une escorte dans la vingtaine, décrit la situation comme horrible et dégueulasse, notant que les clients se croient tout permis car ils ont payé. Lina, une autre travailleuse en activité, affirme qu’il y a absolument de la violence en agence, de la coercition et une pression constante pour faire des actes non désirés. Certaines femmes doivent voir dix clients par jour, voire plus, ce qui constitue un rythme infernal. Le commandant Frédéric Martineau du SPVM confirme que malgré le démantèlement d’une agence concurrente, l’agence XO, en 2026, des bookeuses ont pu rouvrir de nouvelles structures. Il admet que la police doit prioriser les dossiers avec victimes et urgence, car ces activités sont illégales mais souvent tolérées tant que les règles formelles semblent respectées.