François Patriat : la Bourgogne perd un élu de terrain
Tweet cet article
François Patriat a quitté la scène politique le 19 août 2026, à l’âge de 83 ans, des suites d’un grave accident de vélo survenu le 17 juillet précédent. Selon le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI), l’ancien sénateur de la Côte-d’Or est décédé à l’hôpital de Dijon après deux semaines dans le coma. Son décès a suscité des hommages unanimes, tant pour son parcours que pour son rôle central au Sénat, où il présidait le groupe macroniste. Emmanuel Macron a salué « un ami cher » et un homme incarnant « une certaine conception de la fraternité républicaine ». La cérémonie d’adieu, organisée à Semur-en-Auxois le 25 août, a réuni sa famille, ses proches et des responsables politiques, rappelant l’attachement viscéral de l’élu à sa Bourgogne natale.
Dans la même rubrique
Un parcours politique façonné par l’ancrage territorial
François Patriat a bâti sa carrière sur un lien indéfectible avec la Bourgogne, région qu’il a servie pendant près de cinquante ans. Né en 1943 à Semur-en-Auxois, il a d’abord exercé comme vétérinaire, métier qui l’a conduit à sillonner les exploitations agricoles de Côte-d’Or. Cette proximité avec le monde rural a forgé sa méthode politique : un mélange de pragmatisme et de présence de terrain, où les « bottes et manches retroussées » symbolisaient son engagement. Son parcours institutionnel a débuté en 1976, lorsqu’il a été élu conseiller général de la Côte-d’Or. Il a ensuite siégé à l’Assemblée nationale comme député socialiste en 1981, avant de devenir ministre de l’Agriculture et de la Pêche en 2002 sous Lionel Jospin. Ces étapes illustrent une trajectoire où les convictions locales ont souvent primé sur les clivages partisans.
En 2004, il a accédé à la présidence du Conseil régional de Bourgogne, un mandat qu’il a exercé jusqu’en 2015. Cette période a été marquée par un renforcement de l’enseignement supérieur et de la recherche dans la région, une politique saluée par l’Université Bourgogne Europe. Son action a notamment permis le développement des sites universitaires bourguignons, consolidant ainsi l’attractivité du territoire. En 2008, il a rejoint le Sénat, où il est resté jusqu’à son décès, occupant des responsabilités croissantes au sein du groupe RDPI, qu’il a présidé à partir de 2017.
Une fidélité politique récompensée par l’Élysée
La relation entre François Patriat et Emmanuel Macron s’est construite bien avant la création d’En Marche ! en 2016. Patriat a été l’un des premiers responsables socialistes à soutenir le projet présidentiel, un choix qui a redéfini sa place dans le paysage politique. Son ralliement a fait de lui un relais essentiel du chef de l’État au Sénat, où il a incarné une forme de loyauté que certains ont pu percevoir comme une proximité excessive avec l’exécutif. Pourtant, comme l’a rappelé le Premier ministre Sébastien Lecornu dans un communiqué, François Patriat a toujours défendu une « certaine idée de la politique » : celle où « la force des convictions n’empêche jamais la bienveillance » et où « l’adversaire reste toujours digne de respect ».
Son rôle au sein du groupe RDPI, principal soutien parlementaire à la majorité présidentielle, a été déterminant dans la coordination entre l’Élysée et la Haute Assemblée. Emmanuel Macron a d’ailleurs souligné cette dimension dans son hommage, décrivant un homme qui « fut de tous les combats » et qui refusait l’idée de la défaite. Cette fidélité, parfois critiquée par l’opposition, a aussi été perçue comme une force par ses soutiens, facilitant les échanges entre les institutions et les territoires. Le groupe RDPI devra désormais désigner un nouveau président, une transition qui pourrait influencer les équilibres politiques au Sénat, à quelques semaines des élections sénatoriales prévues le 27 septembre 2026.
Un héritage qui dépasse les clivages partisans
Les hommages rendus à François Patriat depuis son décès ont révélé une reconnaissance unanime, transcendant les divisions politiques. À Semur-en-Auxois, où se sont tenues ses obsèques le 25 août, Emmanuel Macron a évoqué un homme « profondément attaché à la Bourgogne » et à ses habitants. Le groupe municipal de la ville a salué « un homme de terrain, reconnu pour sa proximité avec ses élus et ses concitoyens », malgré des divergences politiques. Même tonalité du côté de Notre Région par Cœur, qui a souligné son « goût du débat » et son « pragmatisme », rappelant que « les désaccords font partie de la vie démocratique » sans pour autant effacer le respect dû à son engagement.
Le monde universitaire a également rendu hommage à l’ancien président du Conseil régional de Bourgogne, mettant en avant son rôle dans le développement de l’enseignement supérieur. L’Université Bourgogne Europe a rappelé que, sous ses mandats, la région avait renforcé son soutien à la recherche, notamment via des transformations du paysage académique. Ces témoignages convergent vers un portrait : celui d’un élu dont l’influence dépassait les clivages, un homme de convictions ancrées dans un territoire qu’il a marqué de son empreinte.
La disparition de François Patriat ouvre désormais une période de transition pour le groupe RDPI et pour la représentation sénatoriale en Côte-d’Or. Alors que les élections du 27 septembre approchent, la question de sa succession politique se pose, tout comme celle de la pérennité de son héritage local. Son parcours rappelle que, dans une République de plus en plus fragmentée, les figures ancrées dans les territoires restent des pivots essentiels pour maintenir le lien entre les institutions et les citoyens.
Envie de suivre K-Pulse ? Inscrivez-vous au lancement de la newsletter.



