Une adoption massive qui dépasse l’imaginaire

La pénétration de l’intelligence artificielle dans le quotidien scolaire genevois est sans précédent. Selon les résultats du sondage réalisé par le Département de l’instruction publique (DIP), 95 % des élèves de la 7e et de la 8e primaire ont déjà entendu parler de ces technologies, tandis que ChatGPT est connu de 96 % des jeunes du cycle d’orientation. L’utilisation active n’en reste pas moins massive : au niveau cantonal, deux tiers des élèves interrogés déclarent utiliser l’IA plusieurs fois par mois.

La situation s’intensifie encore dans les classes de 10e année, où le taux grimpe à 70 %. Près de 80 % des collégiens de la 7e et de la 8e primaire aimeraient d’ailleurs utiliser ces outils pour rechercher des informations en milieu scolaire. Cette adoption massive ne se limite pas à une curiosité passagère ; elle s’inscrit dans un univers numérique où l’outil est devenu une alliée précieuse pour les révisions, permettant aux élèves de poser des questions auxquelles les enseignants n’ont parfois pas de réponses immédiates.

Le flou réglementaire et la conscience des risques

Malgré cette intégration rapide, le cadre d’utilisation reste largement incertain pour les jeunes. Seuls 38,9 % des élèves du cycle déclarent savoir exactement ce qui est autorisé ou interdit lorsqu’il s’agit d’intelligence artificielle à l’école. Ce flou juridique et pédagogique contraste avec une prise de conscience aiguë des dangers potentiels. Au cycle d’orientation, 61 % des élèves se préoccupent activement du risque de recevoir de fausses informations générées par les algorithmes.

De plus, près de la moitié d’entre eux affirme vérifier l’information ou questionner les sources avant de s’y fier aveuglément. La confiance n’est donc pas aveugle : 70 % des élèves du cycle estiment qu’il reste essentiel d’apprendre par soi-même, même si une IA peut fournir facilement la réponse. Cette tension entre facilité d’accès et nécessité de l’effort intellectuel constitue un défi majeur pour les pédagogues.

Vers une intégration structurée dans le cursus

Face à cette réalité, le Département de l’instruction publique (DIP) envisage désormais une approche plus proactive. L’apprentissage du numérique est prévu vers la fin du cycle, notamment en 11e année, mais les autorités pourraient envisager une sensibilisation plus tôt pour accompagner les élèves dans leur usage critique. Les attentes des jeunes sont claires : ils souhaitent que l’école mette un outil d’IA à disposition et propose des cours dédiés pour apprendre à l’utiliser efficacement.

Concrètement, 49,3 % des élèves de l’enseignement secondaire II souhaiteraient accéder à un outil officiel, tandis que 49 % demandent des formations sur son utilisation. Les élèves expriment également le besoin d’apprendre à vérifier les réponses, à repérer les erreurs et les biais, ainsi qu’à protéger leurs données personnelles. Pour Anne Hiltpold, conseillère d’État chargée du DIP, il s’agit de prendre le train en marche tout en préservant l’effort intellectuel qui est créateur de pensée critique.

L’école ne peut se passer de l’apprentissage traditionnel, mais elle doit intégrer ces outils pour former des citoyens capables de naviguer dans un monde numérique complexe.