Go Church se présente officiellement comme une église jeune et dynamique sur sa présence numérique, notamment via sa page Instagram où les photos affichent des visages souriants ou méditatifs. Cette image publique contraste avec la réalité décrite par les anciens adeptes qui parlent d’un enfer vécu à l’intérieur de ses murs. L’organisation s’est développée rapidement en Belgique, passant d’une présence unique à Anvers en 2021 à une implantation dans neuf autres villes comme Louvain, Bruges, Gand et Bruxelles en cinq ans.

Cette expansion ciblait spécifiquement la jeunesse flamande, souvent issue de l’immigration africaine, via des réseaux sociaux tels qu’Instagram et TikTok. Les messages diffusés par l’église promettent une renaissance spirituelle aux adolescents ayant connu des parcours chaotiques, attirant ainsi des jeunes qui adhèrent parfois sans le consentement de leurs parents.

Le processus d’intégration décrit par les enquêteurs révèle un isolement progressif des nouveaux membres. Une ancienne adepte nommée Luna, qui avait seize ans lors de son arrivée à l’église de Merksem, explique qu’elle croyait avoir trouvé une famille alors qu’en réalité elle subissait un contrôle oppressant. Pour Laura, également adolescente au moment de sa conversion, Go Church fonctionne comme une cage où la pression est constante. Les responsables n’arrêtaient pas d’appeler et d’envoyer des SMS pour vérifier leur situation en permanence.

Un autre adepte de dix-huit ans confirme cette dynamique de contrainte en affirmant que tous les fidèles ont déjà eu un problème personnel résolu par Dieu selon lui, ce qui crée une obligation de loyauté absolue envers l’institution.

Les journalistes infiltrés ont constaté que l’agenda des membres

Les journalistes infiltrés ont constaté que l’agenda des membres se remplissait vite au-delà des offices du dimanche. Outre les études bibliques et les camps, de nombreuses activités ludiques visent à lier les membres entre eux, mais aussi à isoler ceux-ci de leur entourage familial et scolaire. Luna souligne que son éducation religieuse a fait passer l’école au second plan et qu’elle a dû renoncer à sa thérapie, qualifiée de diabolique par les responsables.

De plus, des témoignages anonymes rapportent que certaines femmes ont subi des abus sexuels de la part de pasteurs ou responsables ecclésiastiques, tandis qu’un ancien dirigeant décrit le système comme un enchevêtrement de manipulations visant à vider les poches des fidèles.

L’organisation est liée au Lighthouse Group of Churches, un réseau international comptant plus de sept mille six cents églises dans le monde. Selon Lawrence Odonkor, ancien évêque qui a quitté l’église, les flux financiers suivent le chemin du Ghana, pays d’origine du fondateur Dag Heward-Mills, surnommé Daddy ou le Prophète par les adeptes. Ce dernier est considéré comme une figure divine par certains fidèles, ce qui suscite des réserves chez ceux qui ont rompu leurs liens avec l’église.

Go Church a répondu aux accusations en niant spécifiquement de cibler les mineurs et en rejetant la qualification de secte. Cependant, Wim Vandewiele, sociologue des religions à la KULeuven, estime qu’il existe certainement des indices montrant qu’il s’agit d’un mouvement néfaste exploitant la vulnérabilité des jeunes pour atteindre des objectifs financiers et sexuels.