Un prisme local pour comprendre les chocs économiques

Les municipalités canadiennes se posent comme des sentinelles précoces, capables d’identifier les pressions commerciales bien avant que les chiffres nationaux ne reflètent une tendance lourde. Selon Tim Tierney, président de la Fédération canadienne des municipalités (FCM), ces répercussions locales peuvent se traduire par une baisse immédiate de la confiance des entreprises ou des investissements reportés, sans attendre l’aggravation visible dans les bilans globaux.

L’étude, menée conjointement par la FCM, le Lawrence National Centre for Policy and Management et la Ville de London, s’appuie sur des données recueillies auprès de 31 municipalités réparties dans neuf provinces au printemps 2026. Cette approche permet de compléter le portrait dressé par les indicateurs économiques traditionnels, offrant une vision nuancée où l’ampleur des perturbations varie considérablement selon les secteurs dominants localement.

Une exposition inégale selon la structure économique

Loin d’être uniforme sur tout le territoire, l’impact de la guerre commerciale dépend étroitement de la nature des industries présentes dans chaque collectivité. Les secteurs de l’automobile, de l’acier et de l’énergie apparaissent comme particulièrement vulnérables aux nouvelles barrières tarifaires et aux contre-mesures américaines. À London, le maire Josh Morgan souligne que plusieurs fabricants du Sud-Ouest de l’Ontario dépendent crucialement du marché américain et de chaînes d’approvisionnement intégrées où les marchandises traversent la frontière à différentes étapes de production.

Cette interdépendance rend ces entreprises extrêmement sensibles aux droits de douane, poussant certaines d’entre elles à reporter des investissements ou des embauches en attendant une plus grande stabilité. À l’inverse, la ville de Gatineau, dirigée par Maude Marquis-Bissonnette, se décrit comme relativement épargnée jusqu’ici, bien que certains secteurs comme l’aluminium, l’acier et le transport ne soient pas totalement à l’abri des hausses de coûts.

Des réponses concrètes sur le terrain

Face à ces incertitudes, la majorité des collectivités sondées ont déjà activé des mécanismes de défense pour protéger leur tissu économique. Au moment du sondage réalisé en mai 2026, 80 % des municipalités participantes avaient pris des mesures spécifiques pour réduire les pressions liées au commerce international. Parmi celles qui signalaient les niveaux de perturbation les plus élevés, ce chiffre atteignait même 100 %.

Les actions entreprises incluent la création d’équipes dédiées aux droits de douane, l’adoption de politiques d’approvisionnement privilégiant le contenu canadien, ainsi que des efforts intensifs pour attirer de nouveaux investissements et retenir les entreprises locales. À London, les dépenses touristiques ont notamment dépassé 1,1 milliard de dollars l’an dernier, illustrant une adaptation vers un tourisme local plus résilient.

De son côté, la Ville de Gatineau a mis sur pied un comité de travail avec des entreprises locales et revu ses pratiques d’achat pour favoriser le commerce intérieur, s’appuyant sur un programme financé par Québec via ID Gatineau.

Vers une meilleure coordination entre les ordres de gouvernement

Les chercheurs soulignent que l’objectif de cette étude n’est pas de modifier la répartition des compétences entre les différents niveaux de pouvoir, mais d’améliorer la circulation de l’information. Romel Mostafa, directeur du Lawrence National Centre for Policy and Management, estime que ces renseignements recueillis à l’échelle locale sont essentiels pour éclairer les réponses des gouvernements provinciaux et fédéraux. Il est aussi préconisé de lever les freins à l’échange entre provinces pour booster le potentiel concurrentiel du pays.

En injectant des fonds dans les collectivités et en intégrant leurs analyses dans les stratégies nationales, il est possible de mieux prendre en compte les réalités du terrain tout en respectant la répartition actuelle des responsabilités. Cette approche collaborative vise à aider les municipalités à s’adapter aux évolutions rapides de l’environnement commercial, à renforcer leur résilience et à positionner le pays sur une trajectoire de croissance durable.