Une première orbitale après treize échecs suborbitaux

L’histoire de Starship est celle d’une progression lente et souvent sanglante. Pendant plus d’une décennie, l’entreprise américaine a mené des essais avec cette fusée géante, mais les précédents vols restaient volontairement sous l’orbite terrestre pour maximiser la sécurité du public. Le quatorzième vol d’essai, lancé peu après 8 heures et 48 minutes heure locale (14h48 à Paris), a rompu cette tradition prudente. Le mastodonte de plus de 120 mètres de hauteur a décollé pour effectuer la première tentative d’insertion orbitale complète. Cette étape était indispensable pour valider le développement du système formé par le booster Super Heavy et le vaisseau Starship, qui vise à terme des missions vers la Lune ou Mars.

Un sauvetage technique au prix d’un vol écourté

La mission n’a pourtant pas été exempte de complications. Peu après la séparation avec son premier étage, l’un des six moteurs Raptor du vaisseau s’est arrêté prématurément. Cette panne aurait pu entraîner une perte de contrôle catastrophique en orbite, où le filet de sécurité des amerrissages désignés disparaît. Les équipes ont alors envisagé de renoncer à l’insertion orbitale avant de décider que les moteurs restants permettaient de poursuivre la manœuvre. Un unique Raptor s’est donc rallumé pour permettre au Ship 41 de basculer sur son orbite finale. Ce sauvetage a contraint SpaceX à écourter le test, qui devait initialement durer environ dix heures et effectuer six révolutions autour de la Terre.

Une charge utile commerciale révolutionnaire

Au-delà du défi technique, ce vol marque une inflexion stratégique pour l’entreprise. Pour la première fois, Starship transporte une véritable charge opérationnelle : 26 satellites Starlink V3 empilés à plat dans sa soute. Ces appareils de nouvelle génération ajoutent chacun un téra-bit par seconde au réseau spatial, soit dix fois la capacité apportée par les Falcon chargés de satellites V2 mini. Ces trois engins intègrent des appareils optiques orientés vers la navette afin d’analyser ses revêtements thermiques lors de recherches futures, une prudence nécessaire car le bouclier thermique reste un talon d’Achille du programme. Les ingénieurs ont ainsi pu inspecter l’engin et préparer les futures versions modifiées destinées au programme Artemis de la NASA ou aux vols long-courriers.

La fin prématurée du test orbital

La mission s’est achevée bien avant les six révolutions prévues autour de la Terre. Après avoir atteint l’orbite à 275 kilomètres d’altitude, le vaisseau a dû quitter sa trajectoire anticipée pour éviter un risque de perte de contrôle en orbite, où le filet de sécurité des amerrissages désignés disparaît. Une rentrée atmosphérique contrôlée a suivi, permettant une désorbitation sécurisée vers la zone du Pacifique.

L’inflexion stratégique du programme spatial

Ce vol marque une rupture dans l’approche prudente de SpaceX, qui avait jusqu’alors limité ses essais à des trajectoires suborbitales pour maximiser la sécurité du public. En transportant 26 satellites Starlink V3 et en validant l’insertion orbitale complète, le système valide désormais son potentiel pour des missions vers la Lune ou Mars. Les images transmises par les caméras embarquées ont permis d’inspecter le bouclier thermique avant de préparer les futures versions destinées au programme Artemis.