Le ministre sortant de la Sécurité intérieure du Québec, Ian Lafrenière, a indiqué avoir sollicité une autorisation d’accès aux informations confidentielles, une procédure qui nécessite une enquête approfondie pouvant durer plusieurs mois. Cette demande vise à permettre aux divers corps policiers, contrôleurs routiers et agents de la faune de partager des données sur des menaces potentielles non seulement envers les élus, mais aussi envers l’ensemble du processus démocratique québécois. « Pour l’instant, je n’ai aucune raison de croire que c’est arrivé », a tempéré le ministre, tout en précisant que la surveillance s’est intensifiée récemment dans le contexte préélectoral.

Une menace économique plutôt que politique

Interrogé sur les motivations d’une ingérence étrangère dans le processus électoral québécois, Ian Lafrenière a répondu par une contre-question rhétorique : « Pourquoi je ne le ferais pas au Québec si mon but est insidieux et économique ? » Le ministre estime que des organisations criminelles d’autres nations pourraient chercher à attaquer l’économie québécoise plutôt que d’influencer directement le résultat d’une élection. Il a toutefois précisé que les tentatives d’ingérence pour fraude économique surviennent de manière « presque quotidienne » au Québec, principalement sous forme de phishing, des courriels malicieux d’hameçonnage.

Des limites d’accès à l’information sensible

Malgré son poste de ministre de la Sécurité intérieure et de vice-premier ministre, Ian Lafrenière ne détient pas actuellement la cote de sécurité très élevée nécessaire pour obtenir certains renseignements classifiés. Il a indiqué avoir renouvelé sa demande auprès de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ainsi que du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). Le ministre a raconté une situation récente où un collègue vice-premier ministre lui a refusé de partager une information sensible faute de cote de sécurité suffisante. « Vous voyez, les gens prennent ça au sérieux », a-t-il souligné, sans toutefois confirmer si d’autres ministres du gouvernement Fréchette avaient également fait cette demande.

Un contexte national de vigilance accrue

Cette démarche québécoque s’inscrit dans un contexte national où la Commission sur l’ingérence étrangère, présidée par la commissaire Marie-Josée Hogue, a publié un rapport final contenant 51 recommandations pour mieux détecter, prévenir et contrer les activités d’influence étrangère. Le rapport confirme que les institutions démocratiques canadiennes sont demeurées « robustes » malgré les tentatives d’ingérence de pays autoritaires comme la Chine, la Russie, l’Iran, l’Inde et le Pakistan. La commissaire a toutefois relevé des ratés dans les protocoles de communication des renseignements en haut lieu, estimant que « les systèmes en place n’étaient pas très robustes ».