Une restructuration stratégique sous l’égide d’une figure historique

L’annonce faite ce lundi 12 octobre à Goma marque un tournant décisif dans le conflit armé qui hante la région depuis plus de trois décennies. Le nouveau mouvement, baptisé Front pour la refondation de la nation, se donne pour ambition explicite de « mutualiser les forces et les efforts » afin de mettre fin au pouvoir de Félix Tshisekedi. Pour y parvenir, le FRN invoque l’article 64 de la Constitution congolaise, qui stipule que tout citoyen a le devoir de faire échec à quiconque prend ou exerce le pouvoir par la force ou en violation du texte fondamental.

Cette posture juridique sert de socle légitime à une action militaire désormais assumée sans équivoque. L’organisation se dote immédiatement d’un organigramme complexe : Joseph Kabila est nommé président, tandis que Bertrand Bisimwa et Corneille Nangaa occupent les fonctions de vice-présidents. Freddy Kaniki est désigné secrétaire général, Benjamin Mbonimpa devient secrétaire général adjoint, et Sultani Makenga conserve le commandement en tant que chef d’état-major général avec rang de vice-président.

Cette concentration des pouvoirs autour de figures historiques du conflit suggère une volonté de centraliser la stratégie rebelle sous l’autorité directe de Kabila.

Les enjeux géopolitiques et la dissolution de l’AFC/M23

La création du FRN s’accompagne d’une rupture nette avec la configuration précédente, marquée par la dissolution officielle de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du Mouvement du 23 Mars (M23). Cette fusion vise à présenter la rébellion comme un problème intégralement interne congolais, occultant ainsi le rôle supposé du Rwanda dans le soutien au mouvement. Les Nations unies avaient déjà alerté sur cette évolution dans leur rapport final du 11 juin 2026, prévenant que Joseph Kabila devrait occuper des fonctions de premier plan au sein d’une direction remaniée en profondeur.

En assumant ce rôle, l’ancien président ne se contente plus d’être un opposant politique lointain ; il devient l’acteur direct du conflit armé. Cette posture s’inscrit dans une course serrée avec Kinshasa, qui avance sur la voie d’un référendum constitutionnel visant à permettre au président Tshisekedi de briguer un troisième mandat, prévu pour 2028. La communauté internationale observe désormais ce basculement avec attention, interrogeant les conséquences diplomatiques d’une telle alliance.

Un contexte de violence et de tension accrue

Ce nouveau chapitre s’ouvre dans un climat de violence exacerbé. L’est du pays, sous contrôle rebelle depuis janvier 2025, a déjà connu des affrontements meurtriers, notamment à Goma et Bukavu. Les autorités judiciaires congolaises ont condamné Joseph Kabila le 30 septembre 2025 pour trahison et crimes de guerre, une sentence qui pèse sur ses épaules alors qu’il revient dans son pays après plusieurs mois passés à l’étranger.

Son retour à Goma en mai 2025 avait déjà été interprété comme un signe de sa détermination à reprendre le contrôle de la situation. Les experts internationaux avaient documenté l’ampleur des liens entre l’ancien président et le mouvement rebelle, soulignant que ce remaniement était imminent. La déclaration politique du FRN affirme vouloir recourir à « tous les moyens », y compris la force, pour sauver la RDC.

Cette détermination s’accompagne d’une critique virulente envers les tentatives de dialogue international, jugées stériles depuis Doha jusqu’à l’initiative des évêques catholiques. La situation sécuritaire reste précaire, avec des violences qui font régulièrement des victimes, comme en témoignent les frappes récentes ayant causé 72 morts, incitant le chef de l’armée à ordonner une enquête.