Territoire : Suisse
Le métier de berger suisse : solitude, loup et fin du mythe de la dureté
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Le métier de berger en Suisse traverse une crise structurelle où la solitude, les intempéries et la responsabilité d’animaux font reculer les candidats. Dounia Ravonel, jeune Genevoise installée dans le Val de Bagnes, illustre cette réalité exigeante tout en luttant contre le mythe de la « dureté » nécessaire pour survivre sur l’alpage.
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Au cœur des Alpes suisses, la profession de berger se heurte à un mur de recrutement infranchissable. Dounia Ravonel, une Genevoise de 28 ans, exerce cette fonction depuis cinq ans dans le Val de Bagnes. Son témoignage éclaire les conditions souvent invisibles : elle a passé quatre mois entiers dans une cabane isolée à 2000 mètres d’altitude, sans eau courante, ni électricité, ni toilettes. Cette solitude absolue s’ajoute à la gestion quotidienne de centaines de moutons, une tâche qui demande une endurance physique et mentale rare. Isabelle Dumoulin, son employeuse à Lourtier, possède un troupeau de 230 brebis et reconnaît que ce n’est pas un travail facile. Les salaires ne sont pas toujours généreux et les conditions de vie sur l’alpage restent parfois précaires, comme le note cette éleveuse dans une émission télévisée.
La solitude et la responsabilité animale
La réalité du métier dépasse largement l’image romantique d’un pasteur heureux sur son « caillou ». Jonas Crétin, qui a quitté la profession après cinq ans, dénonce des semaines de travail pouvant atteindre 60 heures. Jusqu’en 2024, il gardait un troupeau de 650 brebis en Valais avant de s’épuiser physiquement et psychologiquement. Une épidémie brutale a servi de déclic : elle a provoqué la mort de 200 à 250 agneaux en seulement deux semaines. Pour Jonas, passer ses journées à ramasser des animaux crevés est pesant pour les nerfs. Aujourd’hui, il surveille des vaches dans le Jura et a même porté plainte contre ses anciens employeurs, un acte rare dans ce milieu traditionnel.
Le mythe de la « dureté » et l’évolution du métier
Une idée reçue persistante veut que le berger doive être « dur » pour tenir. Dounia Ravonel refuse catégoriquement cette notion : « Si je deviens dure, je casse », affirme-t-elle avec fermeté. Elle considère que cette exigence est débile et qu’elle ne représente pas la vie. Les jeunes bergers ne sont pas moins résistants que leurs prédécesseurs ; ils ont le courage de verbaliser leurs problèmes et solliciter un soutien. simplement parler des difficultés et demander de l’aide. Les conditions matérielles évoluent lentement : sa cabane dispose désormais d’électricité produite par des panneaux solaires, d’un réfrigérateur et de toilettes sèches. Parallèlement, le retour du loup a profondément modifié les pratiques, obligeant les éleveurs à mettre en place des chiens de protection et des parcs de nuit pour bénéficier d’indemnisations. Malgré ces défis, la formation à l’école d’agriculture de Châteauneuf près de Sion ne forme qu’une vingtaine de personnes par an, dont seules deux ou trois deviennent bergers professionnels. Ce secteur indispensable peine toujours à trouver sa relève face à une vision utopique du métier qui éloigne les candidats potentiels.
Sources et traçabilité · 1 source
Les sources citées ci-dessous documentent le sujet ; leur nombre ne prouve pas qu’elles confirment toutes la même information.
- "Il va falloir être dure": le métier de berger face à ses propres limitesRTS · 4 octobre 2026
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