La procédure constitutionnelle et les enjeux du calendrier

L’édifice institutionnel israélien impose un rythme de course précis pour la formation des gouvernements. Selon la pratique établie, le président Isaac Herzog doit désigner la personnalité la plus recommandée pour mener les tractations, une tâche qui revient naturellement au leader du camp ayant obtenu le meilleur résultat électoral. Dans ce contexte, Gadi Eisenkot, chef du bloc de l’opposition, est identifié comme le favori initial pour cette mission délicate.

Cependant, le temps presse : le candidat désigné dispose d’un délai strict de 28 jours pour rassembler une coalition capable de recevoir la confiance de la Knesset. Ce délai peut être étendu de quatorze jours supplémentaires si nécessaire, offrant une fenêtre d’opportunité limitée aux négociateurs.

En cas d’échec de cette première tentative, le mécanisme prévoit une seconde chance : le président confie alors le mandat à un autre candidat pour une nouvelle période de vingt-huit jours. Si l’impasse persiste après ces deux tours de manège, la procédure atteint son point de rupture ultime : la Knesset est dissoute et un nouveau scrutin est organisé sous quatre-vingt-dix jours. Cette architecture temporelle transforme chaque jour en une variable stratégique cruciale pour les dirigeants politiques qui tentent d’éviter le chaos électoral.

La fracture sur l’inclusion des partis arabes

Au cœur de la crise réside une opposition frontale entre deux visions du pays et de ses partenaires potentiels. Benyamin Nétanyahou, dirigeant du Likoud, a explicitement appelé à former une large coalition gouvernementale sous sa direction, mais en excluant formellement les partis arabes. Sur son canal Telegram, il a déclaré chercher un gouvernement élargi avec des partenaires qui ne soutiennent pas le terrorisme, ciblant spécifiquement Raam et la Liste unifiée.

Il accuse ces formations de soutenir le terrorisme et de nier l’existence de l’État juif, arguant que le public israélien ne veut pas d’un gouvernement dépendant de ces entités.

Cette position s’oppose à celle de certains membres du bloc d’opposition. Yaïr Golan, dirigeant de gauche au sein de ce bloc, est favorable à une alliance avec les partis arabes, estimant que leur inclusion est nécessaire pour former une majorité viable. À l’inverse, Avigdor Liberman, figure de droite, s’y oppose radicalement. La position du parti Yashar semble hésitante, semblant écarter ces alliances sans les exclure clairement, tandis que le parti Ensemble (centre-droit) garde une posture floue sur la question. Cette divergence interne complique grandement l’édification d’un consensus.

Les chiffres du scrutin et la composition des listes

Le paysage politique israélien se dessine avec une précision chiffrée qui révèle la difficulté de la tâche à venir. La coalition sortante, menée par Benyamin Nétanyahou, détient 53 sièges sur les 120 que compte le Parlement. Elle est suivie par le camp de l’opposition emmené par Gadi Eisenkot, qui a obtenu 48 sièges. Aucun bloc n’a atteint la majorité absolue des 61 députés requis pour gouverner seul.

Les listes arabes ont réalisé un score record, totalisant ensemble 19 sièges sur les 120 disponibles. Ce résultat se décompose en onze sièges pour la Liste unifiée et huit pour Raam. Ces chiffres illustrent l’importance croissante de ces formations dans le jeu parlementaire. Le chef de l’État Herzog a indiqué qu’il rencontrerait les formations politiques, en s’adressant d’abord aux plus petits groupes, durant la période allant du mercredi après-midi jusqu’à la fin de jeudi. Cette démarche vise à identifier les partenaires potentiels pour la coalition qui devra émerger des tractations.

Au sein du groupe pro-Nétanyahou, des figures comme Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, proches de l’extrême droite, sont susceptibles de désigner le dirigeant actuel, à moins d’un événement inattendu. Le parti ultraorthodoxe Shass est également attendu dans cette démarche, selon des informations de presse, bien que la position d’un autre parti ultraorthodoxe reste incertaine. Les dirigeants du bloc pour le changement ont indiqué qu’ils se réuniraient à Herzliya pour discuter et coordonner les prochaines étapes, marquant leur première réunion depuis le scrutin du 27 octobre.