Un glissement documenté par les usagers eux-mêmes

Le constat n’émane pas d’une hypothèse policière, mais d’observations partagées par les voyageurs. Un utilisateur des transports en témoigne directement : « Il y a des gens qui arrivent, qui font des échanges. » Un ancien consommateur précise l’évolution sur deux années écoulées : « En deux ans, je trouve que ça a bien changé, là c’est de pire en pire. Vu qu’il y a la police à la gare, ils se déplacent dans les trains, ils font ça un peu partout. » Cette convergence révèle un mécanisme désormais classique : renforcer la présence dans un lieu pousse l’activité clandestine ailleurs, non vers le néant, mais vers un espace moins exposé. Travys, qui exploite les lignes régionales, a pris la décision de demander du renfort policier en constatant ce basculement.

La mobilisation du mardi : 22 agents pour un bilan mesuré

Une opération menée mardi matin a rassemblé 22 personnes : gendarmes vaudois, agents de l’Office fédéral de la douane ainsi que de la sécurité des frontières, policiers du Nord vaudois, ainsi qu’agents des CFF, Travys et Transsicura. Une quinzaine de ces effectifs sillonnaient les convois entre Yverdon et Payerne, accompagnant les contrôleurs pour vérifier les titres et les identités. Le caporal Johann Annen, de la gendarmerie vaudoise, en explique le fonctionnement : « L’idée, c’est d’appuyer les contrôleurs chaque fois qu’ils font un contrôle pour qu’on puisse vérifier l’identité et savoir s’il y a quelque chose d’autre qui pourrait ressortir d’intérêt pour la police. »

Le bilan reste toutefois modeste comparé aux effectifs engagés. Deux individus ont été interpellés sous mandat d’arrêt, une amende a été dressée pour stupéfiants. Plus de 90 personnes ont été dénoncées sans titre de transport valide. D’autres sources précisent : un individu recherché pour cambriolage, un second en infraction à la loi fédérale sur les étrangers, trois sous mandat d’arrêt, quarante-deux voyageurs dénoncés pour titre manquant, deux pour possession de stupéfiants, un pour traversée de voies ferrées, un pour injure envers le personnel CFF et un pour faux titre.

Le paradoxe de l’uniforme : efficacité de la présence, limite de la capture

Une tension évidente émerge entre la stratégie affichée et son efficacité opérationnelle. Les dealers se cachent lors du passage des uniformes et réapparaissent dès leur départ. David Guisolan, responsable des communications à la police cantonale vaudoise, reconnaît implicitement cette limite : la discrétion devient impossible quand l’uniforme symbolise lui-même le contrôle. Pour contourner cette adaptation permanente du milieu, la police annonce disposer d’« autres moyens d’agir avec des agents en civil et des moyens de surveillance ». L’opération relève donc plus de la dissuasion que de la capture : elle vise moins à démanteler l’activité qu’à la ralentir ou la repousser dans d’autres intervalles.

Un calendrier récurrent sans perspective d’éradication

Mises en place à l’été 2025, ces opérations se déroulent de manière régulière — une fois par mois selon les informations disponibles. Le communiqué officiel indique que « les voyageurs se montrent très satisfaits de cette présence policière visible », ce qui fonde le renouvellement annoncé de ces interventions. Aucune donnée actuellement disponible ne précise la durée programmée ni les évolutions tactiques envisagées.

Le cycle s’impose : renforcement en un lieu, adaptation des acteurs du trafic vers un autre, puis mobilisation policière dans ce nouvel espace. Tant que le marché trouve des profits et des zones d’exploitation, ce ballet de petits déplacements se poursuit. Les uniformes apaisent les voyageurs ; ils instruisent aussi les dealers des zones à éviter temporairement.