Le roman « C’était ça ou mourir », couronné par le prix Fnac lors de la rentrée littéraire, est devenu le théâtre d’une controverse majeure. L’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien a été accusé publiquement d’avoir rédigé son œuvre avec l’aide d’intelligences artificielles. Ces accusations ont émergé après qu’un compte anonyme sur la plateforme X ait affiché des résultats d’analyse obtenus avec un logiciel appelé Pangram, présentant le texte comme étant à 100 % généré par une machine. La polémique a éclaté le 21 septembre 2026, peu après la remise du prix. Les défenseurs de l’auteur ont immédiatement remis en cause la fiabilité du logiciel Pangram, développé par la start-up new-yorkaise Pangram Labs. Selon les données fournies par l’entreprise, cet outil revendique une précision impressionnante : le taux de faux positifs pour les textes anglophones ne dépasserait pas 0,0041 %, tandis que pour les écrits en français, ce chiffre s’établit à 0,0026 %. Ces statistiques, présentées comme quasi infaillibles, ont suffi à convaincre certains internautes de la culpabilité d’Orélien. Cependant, ces chiffres masquent une faille critique : le taux de faux négatifs en français dépasse les 1,75 %, ce qui signifie qu’il est plus probable qu’un texte humain soit faussement identifié comme tel que l’inverse.

Des tests indépendants réalisés par des médias ont démontré

Des tests indépendants réalisés par des médias ont démontré que Pangram n’est pas une preuve absolue. Lorsqu’on soumet au logiciel des textes 100 % IA, il affiche souvent un score de détection de 100 %. Par contre, dès qu’un utilisateur aguerri retouche légèrement le texte ou lui fournit des sources précises, l’outil se laisse facilement berner. En retravaillant quelques passages générés par des chatbots comme Claude ou ChatGPT, il est possible de décrocher un résultat à 100 % humain. De plus, une étude menée par la Vrije Universiteit de Bruxelles confirme que ces outils ont tendance à s’emmêler les pinceaux dès qu’un texte mélange des passages humains et artificiels. Max Spero, le cofondateur de Pangram, reconnaît d’ailleurs lui-même que son logiciel ne doit pas trancher définitivement, mais servir uniquement de déclencheur pour une investigation plus approfondie. Il précise que le logiciel doit régulièrement s’adapter aux dernières évolutions des modèles génératifs, car les IA comme Claude Opus 5.5 peuvent théoriquement mieux tromper le détecteur grâce à leurs capacités accrues.

Malgré les promesses des développeurs qui affirment atteindre un taux de réussite de 99,7 % sur certains modèles, aucun détecteur ne parvient aujourd’hui à distinguer avec certitude un texte écrit intégralement par une IA d’un texte retouché ou entièrement humain. L’affaire Orélien illustre bien ce problème de cible mouvante : les modèles d’intelligence artificielle évoluant en permanence, les outils de détection peinent à rattraper le retard. Les jurys littéraires, comme celui du prix Femina, restent prudents et attendent des preuves rigoureuses avant de se prononcer sur l’authenticité d’une œuvre. La question demeure donc ouverte : peut-on vraiment détecter un roman écrit par une IA, ou n’est-ce qu’un jeu de statistiques précaires ? L’éditeur Grasset a refusé de réagir dans le détail, évoquant une possible campagne de haine, tandis que la maison d’édition canadienne a suspendu les activités promotionnelles du livre. Les coûts d’utilisation de Pangram, avec des forfaits à 9 dollars pour 300 000 mots ou 30 dollars pour 1 500 000 mots, montrent aussi que l’outil s’adresse autant aux particuliers qu’aux institutions, mais la fiabilité reste le point faible. Les experts soulignent que même avec des taux de réussite annoncés très élevés, un résultat ne constitue jamais une preuve juridique ou littéraire incontestable. La détection repose sur l’identification de tics de langage comme les tirets cadratins excessifs ou les structures ternaires, mais ces marqueurs peuvent être imités par des écrivains humains ou supprimés par des retouches manuelles. Ainsi, la paternité d’un texte reste un mystère complexe où la technologie ne fournit qu’une estimation statistique et non une vérité absolue.