Un projet sous haute tension budgétaire dès l’automne 2025

Le SIFA, conçu pour remplacer quarante et une solutions informatiques obsolètes dans le réseau de la santé, a été lancé en 2022 avec un budget de 96 millions de dollars. Dès octobre 2025, des dépassements de coûts atteignant 280 millions ont entraîné une première suspension du projet. Pourtant, malgré ces alertes, le Conseil des ministres a donné son feu vert à sa relance le 15 juillet 2026, injectant immédiatement 329 millions supplémentaires. Or, selon les informations obtenues par Radio-Canada, ce montant était déjà dépassé dès l’été 2026, avec un coût réel estimé à 464,8 millions. Le gouvernement n’a jamais communiqué ce chiffre exact dans son communiqué officiel du 17 juillet, préférant annoncer une enveloppe de 329 millions. Cette opacité interroge : pourquoi minimiser l’ampleur des dépenses alors que les risques étaient documentés ?

Les experts internes, dont Stéphane Le Bouyonnec, sous-ministre à la Cybersécurité et dirigeant principal de l’information, avaient pourtant recommandé de ne pas réautoriser le projet en raison de risques importants et d’un état critique. Leur analyse, réalisée en juin 2026, pointait sept zones de surcoûts potentiels, ainsi que des retards significatifs et des failles sévères dans la planification. Pourtant, le gouvernement a choisi d’ignorer ces mises en garde, invoquant la nécessité de moderniser le système de santé. Une décision qui rappelle étrangement les erreurs commises lors du fiasco SAAQclic, où les alertes internes avaient été balayées avant que les coûts n’explosent à plus d’un milliard.

Des bénéfices promis… et des projections contestées

Santé Québec justifie la poursuite du projet par les économies promises : 1,1 milliard de dollars d’économies réalisées grâce à l’élimination des solutions désuètes. Pourtant, cette estimation est jugée surestimée et mal documentée par les mêmes experts qui avaient alerté sur les risques de dépassement. Pire, le gouvernement évoque même un potentiel de 1,2 milliard d’économies à terme, un chiffre qui semble relever davantage de l’optimisme que de l’analyse rigoureuse. Comment croire en ces projections alors que le projet accumule déjà des retards et des surcoûts ?

Les parallèles avec SAAQclic, dont le coût a finalement atteint 1,1 milliard contre 638 millions initialement prévus, sont frappants. La firme LGS, filiale d’IBM et contractante du SIFA, était également impliquée dans le fiasco de la plateforme de la SAAQ. Les mêmes erreurs semblent se répéter : sous-estimation des coûts, surévaluation des bénéfices, et mépris des avis internes. Pourtant, le gouvernement affirme avoir pris sa décision en tenant compte des recommandations du rapport Gallant, qui avait pointé les dysfonctionnements de SAAQclic. Une déclaration qui sonne creux alors que les mécanismes de dérive sont à l’œuvre.

Une polémique qui embrase la campagne électorale

La révélation de ces dépassements a provoqué une onde de choc politique à quelques semaines des élections québécoises. Tous les partis, du Parti libéral au Parti québécois en passant par Québec solidaire, ont dénoncé un gaspillage des fonds publics. France-Élaine Duranceau, présidente du Conseil du trésor, a tenté de minimiser l’ampleur des dépassements en affirmant que le 1 milliard qui circule n’est pas le coût réel du SIFA, mais une projection basée sur des hypothèses erronées. Une tentative de communication qui peine à convaincre alors que les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Le gouvernement a promis la création d’un comité de suivi qui devra rendre des comptes mensuels et présenter un rapport au Conseil des ministres d’ici le 30 janvier 2027. Une mesure qui, si elle est appliquée, pourrait éviter un nouveau scandale. Mais pour l’instant, les Québécois restent avec une question lancinante : combien coûtera vraiment le SIFA, et qui en paiera le prix ?