À la veille d’une réunion d’urgence convoquée par la Commission européenne, l’administration américaine, dirigée par le président Donald Trump, a exercé une pression diplomatique intense sur les gouvernements de Paris et de Berlin. L’objectif déclaré est d’obtenir la libération immédiate de volumes substantiels de stocks de diesel détenus par l’Union européenne, spécifiquement une demande précise portant sur 120 millions de barils à libérer dans les six mois. Cette manœuvre vise à faire baisser les cours mondiaux du carburant, alors qu’ils atteignent des sommets historiques outre-Atlantique. Le contexte géopolitique actuel aggrave la situation : le gazole bat des records aux États-Unis, où il a touché un pic de 6,53 dollars par gallon cette semaine. Cette hausse pénalise lourdement les secteurs du transport et de l’agriculture locaux. Washington menace explicitement d’interdire ses exportations si les Européens refusent de coopérer à cette demande précise.

Selon une source basée dans une capitale européenne, les États-Unis

Selon une source basée dans une capitale européenne, les États-Unis ont requis la mise sur le marché de 120 millions de barils destinés au marché européen pour la période couvrant les six prochains mois. Ce chiffre représente une quantité considérable par rapport aux réserves stratégiques connues du continent. Les enjeux économiques sont immenses pour l’Europe dépendante. Selon Eurostat, en mai 2025, les pays membres détenaient environ 39 millions de tonnes de diesel, soit près de 290 millions de barils. La répartition de ces stocks n’est pas équitable : la France abritait à elle seule 21 % du total des réserves européennes, devançant l’Allemagne et l’Espagne. Cette concentration explique pourquoi les dirigeants parisiens et berlinois sont visés en priorité dans cette négociation serrée.

Actuellement, plus de 1,5 million de barils de diesel sont expédiés quotidiennement par Washington, consolidant sa position de leader mondial des exportations. Une interdiction des flux américains aurait des conséquences disproportionnées selon une étude d’Oxford Economics. Si les prix du gazole sur le sol américain pourraient chuter de 30 %, l’Europe subirait un contrecoup violent avec une flambée estimée entre 40 % et 50 %. Pour la France spécifiquement, cela pourrait propulser le prix à la pompe au-delà de la barre des 3 euros le litre. En mars, l’Agence internationale de l’énergie avait déjà signalé la libération de 400 millions de barils d’hydrocarbures, dont 20 % issus du continent européen, mais tous n’ont pas encore atteint les étagères des stations-service. La situation s’inscrit dans une dépendance structurelle accrue. Sur ces vingt dernières années, une trentaine de raffineries ont fermé leurs portes sur le Vieux Continent, obligeant le continent à importer davantage de carburant, notamment depuis les États-Unis. Cette tendance s’est accélérée après l’interdiction des importations russes suite à l’invasion de l’Ukraine et la perturbation des approvisionnements du Moyen-Orient liée aux tensions avec l’Iran. Fatih Birol, président de l’Agence internationale de l’énergie, a rappelé fin septembre que les deux tiers des réserves pétrolières débloquées étaient déjà arrivés sur les marchés, le tiers restant étant encore en attente. La Commission européenne, soutenue par la France, l’Italie, l’Irlande et la Grande-Bretagne, doit trouver un consensus avec Berlin pour répondre à la demande américaine de 120 millions de barils dans les six mois. Donald Trump a indiqué envisager toujours une interdiction des exportations avant les élections de mi-mandat américaines prévues en novembre. Conscient que cette mesure pourrait faire augmenter le prix d’autres produits pétroliers et nuire à l’économie américaine, il préfère opter pour cette stratégie de pression sur Bruxelles. Les discussions se tiennent ce jeudi avec une urgence palpable. Le verrouillage du détroit d’Ormuz par l’Iran et les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes ont créé un contexte de volatilité extrême. L’Europe, historiquement autosuffisante, s’est trouvée contrainte de restructurer ses approvisionnements en quelques années. La menace d’un embargo est donc moins une question de volonté politique pure qu’une réponse à une équation énergétique devenue critique pour l’agriculture et les transports continentaux. Ce scénario illustre la fragilité des chaînes logistiques mondiales. Les Européens, contraints par leur propre réduction industrielle, doivent désormais compter sur les réserves d’un concurrent commercial qui utilise cette levier pour stabiliser ses propres marchés intérieurs avant une élection majeure. La réussite de cette négociation dépendra de la capacité de Paris et de Berlin à mobiliser rapidement leurs stocks sans provoquer de panique sur les marchés locaux.