Un total qui n’avait plus été vu depuis 2018

C’est un chiffre que l’Office fédéral de la santé publique consigne dans son bulletin le plus récent : 544 notifications de tuberculose ont été enregistrées en Suisse et au Liechtenstein sur l’ensemble de l’année 2025. Pour retrouver un niveau comparable, il faut remonter à 2018, précise l’office. La remontée n’est pas un accident isolé : l’OFSP avait déjà relevé une augmentation des signalements en 2023.

Rapportée à la population, la fréquence des déclarations est passée de 4,8 à 6 cas pour 100’000 habitants au cours de 2025, toujours selon l’office. Le point bas récent remonte à 2021, année où 350 cas avaient été comptabilisés, un reflux que le bulletin rattache pour partie à la pandémie de Covid-19. La pente est donc réelle, mais elle s’amorce de loin : la moyenne européenne s’élevait à 8,4 cas pour 100’000 habitants en 2024, ce qui range la Suisse parmi les pays à faible incidence.

La hausse épargne les personnes nées en Suisse

Sur la répartition, le rapport de l’office ne laisse guère de place au doute : la progression se lit presque uniquement chez les personnes nées à l’étranger. Les personnes originaires d’Érythrée, de Somalie et d’Afghanistan comptent parmi les plus touchées, après celles nées en Suisse. Ce profil recoupe, d’après l’OFSP, celui des personnes en quête de protection arrivées dans le pays au cours des dernières années.

Le bulletin inscrit ce constat dans une échelle plus large, en soulignant que « cette évolution reflète l’influence croissante des personnes réfugiées et issues de la migration sur l’épidémiologie de la tuberculose dans les pays européens à faible incidence ». À l’inverse, aucune augmentation n’est observée chez les personnes nées en Suisse, indique l’office. Dans cette population, la maladie touche surtout des personnes âgées, dont beaucoup l’ont contractée dans leur jeunesse, à une époque où elle circulait bien davantage dans le pays.

Adolescents et jeunes adultes en première ligne

Deux classes d’âge retiennent l’attention du rapport. Chez les 20-39 ans, la tuberculose demeure la plus répandue, avec 207 infections déclarées. Plus marquant encore : dans la tranche des 15 à 19 ans, le nombre de cas a doublé, jusqu’à 102. La forme pulmonaire, celle qui pèse sur la transmission, reste majoritaire : elle a concerné 94 % des malades en 2025.

La contamination s’opère par voie aérienne, rappelle l’office, via des gouttelettes émises notamment lorsque le malade tousse. L’agent en cause appartient aux mycobactéries, le plus souvent Mycobacterium tuberculosis, que l’on nomme aussi bacille de Koch. Détectée tôt, l’infection se soigne par antibiotiques et la plupart des complications graves peuvent être évitées. Les nourrissons et les personnes dont les défenses immunitaires sont diminuées restent les plus exposés.

Ce que le bulletin laisse en suspens

Les chiffres publiés couvrent l’année 2025 et les déclarations parvenues à l’office. Le bulletin ne précise ni la ventilation par canton, ni l’évolution des souches résistantes, ni le délai qui sépare habituellement l’arrivée dans le pays du diagnostic. Voilà autant de données absentes pour apprécier finement la dynamique en cours.

Le tableau mondial, lui, est documenté : 1,23 million de personnes ont succombé à la tuberculose en 2024, parmi lesquelles 150’000 vivaient aussi avec une infection au VIH, d’après l’Organisation mondiale de la santé. La maladie figure parmi les dix premières causes de décès dans le monde. En Suisse, elle reste soumise à déclaration obligatoire et son suivi repose sur les offices cantonaux, les médecins et les services spécialisés. Les 544 cas de 2025 constituent, à ce stade, le total annuel le plus élevé enregistré depuis 2018.