La chute d’un dirigeant après quatorze ans

Le dirigeant nationaliste Aleksandar Vucic, qui avait accumulé les fonctions de vice-Premier ministre à partir de 2012, puis de Premier ministre en 2014 et enfin de président en 2017, a dû faire face à un retournement complet de la situation. Ayant convoqué ces élections anticipées pariant sur l’essoufflement du mouvement étudiant, il espérait reprendre la main avant une présidentielle attendue fin décembre.

Cependant, son calcul s’est retourné contre lui. Dans la soirée même des résultats, il a déclaré à ses partisans au siège de son parti : « Il est clair que nous avons perdu ces élections ». Il a rapidement admis que le mouvement étudiant avait remporté la victoire, précisant les scores : « Elle aura entre 135 et 140 sièges, et nous environ 105 ».

Une mobilisation historique née d’un drame

Cette alternance escomptée depuis 2012 pour les 6,4 millions d’électeurs serbes est le fruit de près de deux années de manifestations. Ce mouvement a été déclenché par l’effondrement en novembre 2024 d’un auvent de la gare de Novi Sad, deuxième ville du pays des Balkans. Cet accident tragique avait fait seize morts et les protestataires ont estimé que cet incident était une conséquence directe de la corruption endémique.

Présenté par les étudiants comme un « référendum anti-Vucic », ce scrutin a vu le taux de participation frôler les 65 % à 18 heures, soit deux heures avant la fermeture des bureaux de vote. Cette mobilisation représente le plus haut niveau depuis plus de trente ans, dépassant ainsi la dernière forte élection remontant à l’éviction de Slobodan Milosevic en 2000.

Les enjeux d’une majorité absolue et les incertitudes futures

La Liste étudiante remporte officiellement 53 % des voix et dispose donc de la majorité absolue, soit 140 sièges sur 250 au Parlement. Jean-Arnault Dérens, co-rédacteur en chef du Courrier des Balkans, estime qu’il s’agira d’une « formalité » pour la convocation du Parlement, l’élection de sa présidence et la formation d’un gouvernement. Toutefois, des incertitudes subsistent quant à la composition du futur exécutif.

La tête de liste, le cardiologue Ilija Srdanovic, ne sera « très certainement pas » Premier ministre. De plus, pour les grands dossiers géopolitiques comme les relations avec la Russie ou la question du Kosovo, il n’y a pas encore de consensus entre toutes les sensibilités présentes sur la liste. Les milieux économiques sont enthousiasmés par ce changement qui s’est produit de manière très pacifique, tandis que toute la société serbe ressent un très grand soulagement.