Dans la capitale serbe de Belgrade, l’atmosphère s’est transformée dimanche en un concert de klaxons et d’euphorie collective, marquant la fin d’une ère politique dominée par Aleksandar Vucic. Le dirigeant nationaliste, qui a dirigé le pays durant quatorze ans, a officiellement reconnu l’échec de son camp aux élections législatives anticipées. Cette concession, faite alors que les résultats définitifs n’étaient pas encore sortis des urnes, a provoqué une explosion de joie dans le centre-ville où la foule s’est rassemblée pour célébrer cette alternance.

Un tournant historique après deux ans de mobilisation

Cette victoire de l’opposition estudiantine constitue un profond bouleversement pour ce pays des Balkans comptant six millions d’habitants. Aleksandar Vucic a lui-même chiffré la redistribution du pouvoir : il estime que le Mouvement des étudiants obtiendra entre cent trente-cinq et cent quarante sièges au parlement, tandis que son camp ne conservera que cent cinq mandats.

Cette annonce intervient après près de deux années de manifestations anticorruption déclenchées par l’effondrement dramatique en novembre 2024 du toit d’une gare à Novi Sad, une tragédie ayant coûté la vie à seize personnes et servant de catalyseur à la colère populaire.

Une participation record au scrutin

La mobilisation des électeurs serbes a été exceptionnelle, dépassant les records historiques antérieurs. Dès l’heure où les urnes devaient se fermer, soit à dix-huit heures, après plus d’un demi-siècle sans précédent, la participation électorale atteignait près de soixante-cinq pour cent. Ce scrutin, présenté par les étudiants comme un véritable référendum anti-Vucic, a vu la liste unique du mouvement étudiant rassembler la majorité des partis d’opposition sur les deux cent cinquante sièges à pourvoir. Ilija Srdanovic, représentant officiel de cette liste, s’est déclaré triomphant en affirmant que la Serbie avait gagné comme promis.

Un avenir incertain sans tyran

Les célébrations ont pris une tonalité solennelle avec les mots d’un étudiant en pleurs déclarant vivre enfin dans un pays libre. Les forces de l’ordre, bien que présentes autour des lieux stratégiques comme le palais présidentiel ou la commission électorale, n’ont pour l’heure confirmé aucune violence majeure liée au déroulement du scrutin. Cependant, cette alternance reste fragile car elle repose sur la crédibilité d’un mouvement disparate qui s’est constitué face à une machine médiatique et politique bien huilée.

La démission de M. Vucic de sa fonction de président quelques mois auparavant pour se présenter aux élections en tant que Premier ministre témoignait encore de son désir de maintenir son emprise, un objectif qu’il semble avoir perdu définitivement.