Une mécanique statistique complexe : l’effet de la réforme

La lecture de ces chiffres nécessite une attention particulière à la méthodologie employée par les statistiques publiques. Le ministère du Travail et des Solidarités a indiqué que cette augmentation ne saurait être interprétée comme un effondrement brut du marché, mais doit intégrer l’impact de la loi pour le plein emploi adoptée en décembre 2023. Cette réforme législative a profondément modifié les critères d’inclusion dans les statistiques officielles. Désormais, tous les bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active inscrits auprès de France Travail ainsi que les jeunes passant par un Contrat d’engagement jeune sont mécaniquement comptabilisés comme chômeurs au sens du BIT dès lors qu’ils ne trouvent pas d’emploi effectif. Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail, a qualifié cette évolution de « pas une surprise », soulignant que si ces populations trouvaient un emploi, cela améliorerait le taux d’emploi global qui se situe à 69 %. En revanche, leur absence d’insertion rapide contribue pour près de la moitié à la dégradation observée du taux de chômage. Il convient donc de distinguer l’évolution réelle des offres et des embauches de cet effet statistique lié à un meilleur ciblage des politiques d’accompagnement.

Une hausse généralisée touchant les jeunes et les seniors

Loin d’être un phénomène isolé, cette remontée du chômage affecte toutes les tranches d’âge, bien que l’intensité varie considérablement selon la génération concernée. Les statistiques de l’Insee révèlent une situation particulièrement critique pour les jeunes de 15 à 24 ans : leur taux de chômage s’élève à 21,6 %, soit une progression de 0,4 point sur la période et de 2,5 points en un an. Cette génération subit la pression des contrats courts et de l’intérim, avec une difficulté accrue à accéder à des embauches durables. Parallèlement, les seniors ne sont pas épargnés : parmi les personnes de 50 ans et plus, le taux grimpe de 0,3 point pour s’établir à 5,5 %, marquant son sommet depuis le premier trimestre 2022. Chez les actifs de 25 à 49 ans, la progression est plus modeste mais réelle, avec une hausse de 0,2 point portant le taux à 7,5 %. Sur un an, la tendance est également haussière pour l’ensemble des catégories professionnelles, confirmant que la fragilisation du marché du travail n’est pas sectorielle mais structurelle.

Les indicateurs d’emploi et les inactifs : une image nuancée

Si le chômage augmente, il est important de croiser ces données avec celles relatives à l’emploi et aux inactifs pour obtenir une vision complète. Le taux d’emploi des 15-64 ans recule légèrement sur le trimestre, passant à 69,0 %, ce qui signifie que la croissance de la population active dépasse désormais la création de postes disponibles. Cependant, le nombre de personnes en activité reste record depuis 2017, avec plus de 2 millions d’emplois créés depuis cette date, une preuve avancée par les autorités de la résilience du marché. De l’autre côté du spectre, le halo autour du chômage demeure quasi stable à 1,9 million de personnes. Il s’agit d’individus souhaitant travailler mais qui ne sont pas considérés comme chômeurs car ils ne recherchent pas activement un emploi ou ne sont pas immédiatement disponibles. Ce nombre a augmenté de seulement 6 000 personnes sur le trimestre. Enfin, la part du chômage de longue durée s’accroît très légèrement, touchant désormais 671 000 personnes en moyenne au deuxième trimestre 2026. Ces individus restent sans emploi depuis au moins un an, ce qui complique leur retour à l’emploi et exerce une pression sur les services juridiques et paie des organismes de sécurité sociale.