Une inertie numérique masquant des réalités sectorielles

La situation du marché de l’emploi au Québec se caractérise par une remarquable stagnation quantitative. Selon les données publiées le 16 septembre 2026 par l’Institut de la statistique du Québec, le nombre total de postes vacants demeure inchangé d’un trimestre à l’autre. On dénombre environ 123 700 offres non pourvues au deuxième trimestre de 2026, une figure qui ne diffère que marginalement des 123 800 recensées au deuxième trimestre de 2025. Cette constance apparente doit être nuancée par l’analyse des catégories d’emploi : si les postes permanents et à temps plein varient peu, c’est le nombre de postes temporaires qui a connu une progression marquée, augmentant de 4 000 unités, soit +4,4 %, pour s’établir à un niveau plus élevé qu’un an auparavant. Parallèlement, la demande totale de main-d’œuvre, somme des emplois occupés et vacants, a elle aussi progressé légèrement de 58 100 postes (+0,3 %), tirée principalement par une hausse de l’emploi salarié de 55 600 unités.

La prédominance du secteur santé et la géographie des pénuries

La structure de ces vides d’emploi reste profondément ancrée dans les réalités traditionnelles, avec une concentration géographique et sectorielle persistante. Le secteur de la santé et de l’assistance sociale continue de dominer le paysage des pénuries, représentant à lui seul plus du cinquième des postes vacants, soit 26 900 offres. Ce chiffre inclut des métiers essentiels comme ceux d’infirmière autorisée, d’aide-infirmière ou de préposé aux bénéficiaires. Les trois autres secteurs majeurs qui composent l’ensemble des pénuries sont la fabrication avec 14 900 postes vacants, le commerce de détail avec 13 200 offres et les services d’hébergement et de restauration avec 12 700 postes. Géographiquement, la répartition n’est pas uniforme : plus de la moitié des vides d’emploi se concentrent dans trois régions clés, à savoir Montréal qui affiche 33 500 postes vacants, la Montérégie avec 19 100 et la Capitale-Nationale comptant 11 800. L’Institut de la statistique du Québec précise que, dans l’ensemble du territoire, la majorité des autres régions ont connu une stabilité du nombre d’emplois ouverts sans que cela ne soit statistiquement notable entre le deuxième trimestre de 2025 et celui de 2026. autres régions entre le deuxième trimestre de 2025 et celui de 2026.

Un ralentissement salarial et une évolution des besoins qualifiés

Au-delà des quantités, les conditions d’offre révèlent un dynamisme économique qui perdure mais à un rythme modéré. La rémunération horaire moyenne offerte pour les postes vacants s’est établie à 28,60 $ au deuxième trimestre de 2026, contre 36,43 $ pour l’ensemble de l’emploi salarié. Sur une année, cette rémunération a progressé de 2,0 %, soit +0,55 $, pour atteindre ce niveau, après avoir atteint 29,55 $ au premier trimestre. Cette progression annuelle marque un ralentissement par rapport à la dynamique précédente. En termes de qualification, près de 55 % des postes vacants se situent dans des professions faiblement exposées à l’intelligence artificielle, tandis que les autres catégories se répartissent à peu près également entre celles hautement exposées avec une forte complémentarité et celles le sont avec une faible complémentarité. La proportion de postes vacants de longue durée, c’est-à-dire ceux pour lesquels les efforts de recrutement durent depuis 90 jours ou plus, s’est établie à 25,9 %, en baisse de 2,1 points par rapport au premier trimestre de 2026 où elle était de 28,0 %.