Des finances publiques sous tension

Le déficit attendu pour l’exercice en cours a été nettement revu à la baisse : il atteindrait 7,2 milliards de dollars, contre 13,6 milliards redoutés initialement. Cette amélioration ne change pas la donne de moyen terme. Pour respecter la loi sur l’équilibre budgétaire, la progression des dépenses devra être contenue à 1,9 % par an pendant cinq ans, un rythme trois fois moindre que la moyenne de 6 % enregistrée sur la dernière décennie. Même entre 2011 et 2015, période pourtant marquée par une discipline jugée sévère, la croissance atteignait 2,3 %. Le budget contient en outre un « écart à résorber » d’environ 2 milliards par année, soit des compressions qui n’ont pas encore été identifiées.

Le Panorama des finances publiques, réalisé par la Chaire en fiscalité et en finances publiques (Université de Sherbrooke), ajoute une autre source d’inquiétude : la moitié des infrastructures sont en mauvais état, et 45 milliards de dollars seraient nécessaires pour les remettre à niveau. Ce « déficit de maintien » a bondi de 150 % en dix ans. Les dépenses par habitant ont, elles, progressé de 59 % sur la même période, la deuxième plus forte hausse parmi les provinces, portant le niveau de dépenses 16 % au-dessus de la moyenne des autres provinces.

Des stratégies opposées pour financer les promesses

Le cadre financier déposé par chaque formation permet de comparer les arbitrages. La Coalition avenir Québec limite ses nouvelles dépenses à 2,2 milliards, en misant sur des transferts fédéraux accrus (1,2 milliard) et sur une meilleure rentabilité des sociétés d’État (127 millions). Ses priorités : 400 millions pour les soins à domicile et 104 millions pour le logement des aînés. Le Parti libéral, de son côté, table sur l’encadrement du jeu illégal en ligne (350 millions), sur des transferts fédéraux et sur la suppression de 12 000 postes équivalents temps complet dans la fonction publique. Il prévoit 350 millions pour les soins à domicile et 375 millions pour compenser les stages étudiants.

Le Parti conservateur assume une rupture : 9,1 milliards de baisses d’impôt pour les particuliers, 6,5 milliards pour les entreprises et l’abolition de la taxe carbone, un manque à gagner de 1,4 milliard. Il assure compenser par 14,3 milliards d’économies, puisées notamment dans la réduction des crédits d’impôt aux entreprises (3,9 milliards), l’examen des programmes (2,5 milliards) et l’abandon du Fonds vert (1,7 milliard). Québec solidaire choisit la progressivité : un impôt sur les patrimoines de plus de 25 millions de dollars rapporterait 5 milliards, une réforme de la fiscalité des particuliers 2,3 milliards, et le salaire minimum à 20 dollars de l’heure soutiendrait l’activité. Le parti engage 2,1 milliards pour les salaires du secteur public et 2 milliards contre la pauvreté, tout en misant sur les économies de Pharma-Québec (3,3 milliards). Le Parti québécois, enfin, compte sur 300 millions tirés du jeu en ligne et sur des coupes dans la bureaucratie.

Dette et équilibre budgétaire, des trajectoires qui s’écartent

Tous les partis promettent de respecter l’équilibre budgétaire, mais les chemins diffèrent. Le Parti québécois vise un retour à l’équilibre un an plus tôt que ses rivaux, quitte à laisser des écarts à résorber de 1,85 milliard. La loi sur la réduction de la dette impose surtout de faire passer le ratio dette/PIB sous la barre des 36 % à l’horizon prévu ; il est aujourd’hui de 38 %, après avoir culminé à 54 % au début des années 2010. Selon les projections, le PQ et le PCQ se situeraient sous les prévisions du ministère des Finances, tandis que la CAQ, le PLQ et Québec solidaire les dépasseraient. Québec solidaire se distingue en suspendant ses versements au Fonds des générations, consacré au remboursement de la dette, et afficherait un ratio de 40,4 %, qu’il justifie par un niveau encore inférieur à celui d’avant la pandémie.

Ces cadres financiers reposent toutefois sur des hypothèses fragiles. La Vérificatrice générale du Québec juge les prévisions du rapport préélectoral plausibles, mais souligne leur incertitude, notamment face au commerce avec les États-Unis et aux flux pétroliers au Moyen-Orient. Surtout, aucun organisme indépendant n’évalue le coût des promesses de chaque parti, contrairement au gouvernement fédéral. Les électeurs devront donc arbitrer entre des chiffres fournis par les partis eux-mêmes, dans un contexte où la marge de manœuvre est objectivement réduite.