Fernandez interroge la vieillesse au-delà des idées reçues
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Dominique Fernandez, nonagénaire et membre de l’Académie française, livre le 3 septembre aux éditions Philippe Rey un essai intitulé « Tout n’est pas si noir » consacré à la vieillesse. À quatre-vingt-dix-sept ans, selon l’Académie française, l’écrivain s’empare d’un sujet que les sociétés modernes redoutent : le quatrième âge envisagé non comme déclin inévitable, mais comme question d’une légitimité historique et artistique. Son propos, toujours selon la même source, interroge les représentations du grand âge dans la peinture, le cinéma, la littérature et la philosophie, en s’inscrivant délibérément à rebours des lieux communs et des consolations convenues.
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Un essai qui refuse l’apitoiement
Cet ouvrage de 179 pages, vendu 20 euros aux éditions Philippe Rey, ne s’inscrit pas dans la lignée des manuels du « bien vieillir » devenus monnaie courante. Selon librejournal.fr, Fernandez pose plutôt une hypothèse structurante : chaque individu cultive dès la jeunesse les dispositions qui caractériseront son grand âge. L’octogénaire acariâtre était probablement un adolescent grognon ; le vieillard jovial cache presque toujours le jeune homme insouciant d’autrefois. Cette continuité des tempéraments invalide la croyance naïve en une transformation radicale à la retraite.
L’essai construit son argumentation en convoquant plusieurs domaines du savoir. Fernandez propose d’abord une histoire de l’art lue par les portraits de vieillards et de femmes fanées que les maîtres ont peints. Il examine ensuite les grands personnages littéraires en déclin — Balzac excelle dans ce registre selon la même source — et les écrivains aux cheveux blancs mais à l’esprit toujours fulgurant, dont Tolstoï demeure le modèle. La philosophie antique trouve aussi sa place : les dernières paroles de Socrate, qui comparait la mort à un doux sommeil libérateur, occupent une place centrale dans sa réflexion.
L’honnêteté d’un privilégié qui l’assume sans détour
Ce qui distingue Fernandez, selon librejournal.fr, c’est une franchise remarquable sur ses propres conditions matérielles. Académicien doté d’une retraite de professeur d’université confortablement dotée, à laquelle s’ajoutent les droits d’auteur de plus d’une centaine de livres et un Prix Goncourt au palmarès, il reconnaît sans ambages que s’il vieillit bien — ses confrères académiciens concèdent à leur doyen qu’il « fait » dix ans de moins — c’est que son train de vie le lui permet. Cette lucidité éthique constitue une armure contre l’imposture morale : l’auteur ne prêche pas aux autres une ascèse qu’il ne pratique pas lui-même.
Fernandez partage aussi des confidences intimes portant sur sa femme, ses enfants et ses deux compagnons, choisis dans la fleur de l’âge et qui l’ont comblé au sens platonicien du terme. Ces révélations personnelles ancrent le discours dans une matérialité charnelle, non dans l’abstraction philosophique détachée de la vie réelle.
Entre contemplation et lucidité sur les pertes
L’auteur ne dissimule pas les revers du grand âge. Selon librejournal.fr, il admet sans détour que parfois tout n’est pas rose : ne plus recevoir de correspondance, éprouver un affaiblissement du désir, ne plus être convié aux conférences internationales, décliner les dîners mondains parce que la méditation en solitude semble préférable aux bavardages de salon — tel est le tribut exigé quand sonne l’heure de la retraite, terme que Fernandez abhorre.
Cet essai n’est pourtant pas un long requiem. Fernandez révèle que sa vitalité s’entretient par une heure de marche quotidienne et quelques brasses en piscine. Aucune faculté cognitive n’a été altérée. Il peut donc se replonger dans les chefs-d’œuvre, cultiver la contemplation et poursuivre l’écriture. Le style demeure limpide ; le savoir — que l’auteur répète être toujours supérieur au pouvoir — reste intact. L’ouvrage se referme sur une conviction : vieillir ne constitue pas nécessairement un naufrage, mais plutôt une forme d’odyssée à condition que les ressources matérielles, culturelles et la santé le permettent.
À surveiller
En France, où le débat sur le vieillissement démographique reste souvent pris entre le catastrophisme et le déni, un essai qui rouvre l’examen de la condition humaine par les yeux de la peinture, de la littérature et de la vie ordinaire mérite d’être lu. Fernandez continue d’écrire.
Source : Académie française — https://www.academie-francaise.fr/actualites/tout-nest-pas-si-noir-de-dominique-fernandez
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