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La Vérif : les chefs ont-ils dit toute la vérité pendant le débat ?
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Le dernier grand rendez-vous électoral avant le scrutin du 5 octobre s’est tenu mercredi soir à la Maison de Radio-Canada, à Montréal, où les cinq principales formations ont croisé le fer durant deux heures. Leurs propos ont ensuite été soumis à une équipe de vérification de faits, qui a relevé plusieurs écarts entre ce qui fut affirmé sur le plateau et ce que disent les données. Du Fonds vert aux places en garderie, en passant par les demandeurs d’asile et la capacité de construction, la soirée a offert un exercice utile : confronter la rhétorique électorale aux chiffres.
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Un projet de gorilles attribué au mauvais gouvernement
Paul St-Pierre Plamondon a soutenu que la CAQ avait financé, via le Fonds vert, des projets tels qu’un parc de gorilles au Gabon. La vérification rétablit une tout autre séquence : c’est sous le Parti libéral de Philippe Couillard qu’un projet d’électrification d’une réserve touristique de gorilles au Gabon, en Afrique, a été retenu et financé. La somme puisée dans le Programme de coopération climatique internationale, lui-même alimenté par le Fonds vert, s’élevait à 148 000 $. Le ministère de l’Environnement a par la suite abandonné le dossier en 2019, soit quelques mois après l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec. L’affaire avait été rapportée la même année par le Journal de Montréal. L’imputation portée par le chef péquiste ne correspond donc pas à la chronologie documentée.
Le mot « austérité », absent de l’analyse du Vérificateur général
Christine Fréchette a affirmé que deux de ses adversaires avaient franchi la ligne que la vérificatrice générale aurait définie comme celle de l’austérité, entendue comme la nécessité de couper dans les services aux Québécois. Or le Vérificateur général du Québec n’utilise pas ce terme dans son analyse détaillée du Rapport préélectoral. Le ministère des Finances anticipait, dans son rapport, une progression annuelle moyenne des dépenses de 2,2 %, ce qui a conduit le VGQ à émettre une mise en garde : un tel rythme pourrait, selon lui, peser sur les services à la population ou pousser l’État à restreindre son intervention dans certains secteurs. Et le décompte ne s’arrête pas à deux formations : trois partis se situent à 2,2 % ou moins, soit le Parti conservateur, le Parti québécois et le Parti libéral.
Demandeurs d’asile et travailleurs temporaires : des périmètres distincts
Éric Duhaime a invité l’auditoire à ne pas confondre un travailleur étranger et un demandeur d’asile, avançant qu’on en compterait 200 000 de chaque actuellement en territoire québécois. Au 1er avril 2026, le Québec recensait 190 300 demandeurs d’asile, réfugiés et personnes dont la demande avait été refusée ou abandonnée sans qu’elles aient quitté le territoire, d’après Statistique Canada. Ce total ne se réduit donc pas aux seuls demandeurs en attente d’un jugement, et les données de l’organisme ne permettent pas d’isoler séparément ces catégories. Pour les travailleurs temporaires, le chiffre québécois atteignait 182 668 à la même date, toujours selon Statistique Canada. Les ordres de grandeur sont proches, mais les ensembles ne se superposent pas.
Garderies et logements : chiffres exacts, cadres arrangeants
Ruba Ghazal a évoqué 30 000 enfants privés, à l’heure actuelle, de place en CPE. Le guichet unique recense précisément 30 688 enfants en attente d’une place en garderie, selon le tableau de bord du gouvernement du Québec. Toutefois, tous ne visent pas un Centre de la petite enfance : le réseau englobe également des places en garderies privées ainsi qu’en services de garde éducatifs en milieu familial, subventionnés ou non. Charles Milliard, lui, a présenté comme engagement majeur de sa campagne la construction à terme de 100 000 logements par année. La vérification juge l’objectif peu réaliste, car il excède la capacité de construction québécoise selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement. Dans son scénario le plus favorable, la province pourrait bâtir un peu plus de 72 000 logements annuellement, tandis que la SCHL estime à un peu plus de 95 000 le nombre d’unités requises chaque année pour retrouver l’abordabilité d’avant la pandémie.
Ce que l’exercice ne tranche pas
Ces écarts ne disent pas tout de la soirée, et il serait imprudent d’en tirer un verdict global sur la sincérité des cinq chefs. La vérification porte sur des déclarations isolées, non sur l’ensemble des programmes, et plusieurs affirmations n’ont pas fait l’objet d’un examen chiffré. Ce qui se dégage, c’est une tendance partagée : des chiffres authentiques, mais souvent insérés dans un cadre qui les arrange. Le débat a duré deux heures, le scrutin est fixé au 5 octobre, et les électeurs disposent désormais d’un repère simple pour séparer ce qui est établi de ce qui demeure approximatif.
Sources et traçabilité · 6 sources
Information recoupée auprès de 6 rédactions distinctes.
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