L’enquête internationale PISA 2025, publiée ce mardi par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dresse un portrait contrasté du système éducatif helvétique pour les jeunes de 15 ans. Si la Suisse maintient des positions solides sur la scène internationale, les données révèlent une érosion constante des acquis scolaires ainsi qu’une fracture sociale qui se cristallise dans les résultats.

Une performance globale préservée mais en régression

Les élèves suisses parviennent encore à se positionner parmi les meilleurs de leur génération. En sciences, le domaine central de cette édition 2025, ils ont obtenu un score de 501 points, surpassant nettement la moyenne de l’OCDE qui s’établit à 482 points. En mathématiques, avec 499 points contre une moyenne de 463 pour l’organisation, le pays se hisse dans le haut du classement des nations européennes. Pour la lecture, les résultats atteignent 470 points, restant ainsi au-dessus des 461 points de la moyenne OCDE.

Pourtant, cette réussite relative masque une dynamique de déclin sur le long terme. Selon les données publiées par watson.ch, en l’espace d’une décennie, le score en lecture a chuté de 492 à 470 points, tandis que celui des mathématiques est passé de 521 à 499 points. Cette tendance baissière ne semble pas propre à la Suisse, puisqu’elle s’observe également au sein de la moyenne globale de l’OCDE.

L’alerte sur les compétences fondamentales et les inégalités

Malgré ces chiffres globalement satisfaisants, une partie importante de la jeunesse n’atteint plus le seuil minimal requis. Les statistiques fournies par la RTS indiquent que 28,8 % des jeunes ne possèdent pas le niveau de lecture nécessaire, tandis que 23,2 % échouent en mathématique et 20,7 % en science. Ces résultats soulèvent des inquiétudes quant à l’autonomie future des travailleurs et à leur intégration professionnelle.

Face à ce constat, les acteurs institutionnels et économiques appellent à un recentrage pédagogique. Christophe Darbellay, conseiller d’Etat valaisan en charge de la formation, reconnaît une certaine dispersion dans les actions menées et plaide pour un retour aux fondamentaux : lire, écrire et calculer. Il souligne que cette volonté de se concentrer sur les compétences de base est partagée par plusieurs cantons.

Parallèlement, l’étude PISA met en lumière des inégalités particulièrement marquées au sein du pays. L’origine sociale, la langue parlée au foyer et le statut migratoire demeurent des facteurs déterminants. Les enfants issus de milieux socialement défavorisés ou ceux dont les parents ne maîtrisent pas la langue d’enseignement rencontrent des obstacles majeurs pour atteindre les objectifs scolaires.

Un appel à la mobilisation des moyens publics

La réaction est vive auprès des faîtières économiques et syndicales. L’Union suisse des arts et métiers (Usam) demande un renforcement rigoureux de l’apprentissage primaire, tandis que la conseillère d’Etat genevoise Anne Hiltpold constate que les ressources actuelles ne suffisent pas à combler ces écarts qui se creusent. Pour les partenaires sociaux, comme la faîtière Travail.Suisse, la maîtrise des compétences de base est une condition indispensable pour garantir l’égalité des chances et la compétitivité de la place économique.

L’étude rappelle que si la Suisse reste dans le haut du panier mondial, notamment en résolution de problèmes par modélisation — testée pour la première fois cette année —, la persistance des inégalités et la baisse continue des scores imposent une réflexion sur les méthodes pédagogiques et l’allocation des budgets scolaires.