Pas facile de réglementer le « far west » de la revente des billets de spectacles
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À compter du 12 septembre 2026, le Québec encadre plus strictement la revente des billets de spectacles. Les nouvelles obligations imposées aux plateformes comme Ticketmaster ou StubHub visent à clarifier l’origine des billets et à afficher les frais avant tout achat. Pourtant, des observateurs doutent de leur efficacité face à des acteurs dominants comme Live Nation, qui cumule production, billetterie et revente. Pour les consommateurs, l’enjeu reste simple : éviter de payer des prix gonflés pour des places déjà rares. Les nouvelles règles, entrées en vigueur ce samedi, imposent aux revendeurs de préciser qu’il s’agit d’un marché secondaire et de ventiler le prix total du billet, en distinguant la valeur nominale des frais supplémentaires.
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Des obligations de transparence qui peinent à convaincre
Depuis le 12 septembre 2026, les plateformes de revente au Québec doivent indiquer clairement qu’il s’agit d’un marché secondaire. Elles sont tenues d’afficher la possibilité que des billets moins chers existent sur les sites officiels des producteurs ou diffuseurs, et de ventiler le prix total du billet avant tout achat. Selon l’Office de la protection du consommateur (OPC), ces mesures visent à offrir « plus de transparence aux consommateurs » et à leur permettre de « faire des achats éclairés ». Pourtant, le professeur François Colbert, de HEC Montréal, souligne que ces règles restent insuffisantes. Pour lui, la loi québécoise ne va pas assez loin, notamment si on la compare à l’Ontario, où la revente à prix supérieur à la valeur nominale est désormais interdite. « On n’ira pas loin là », estime-t-il, pointant du doigt les conflits d’intérêts structurels du secteur. Live Nation, qui contrôle à la fois des salles, des festivals et la plateforme Ticketmaster, se retrouverait en position de demander à elle-même l’autorisation de revendre des billets à prix majoré — une absurdité que la loi ne résout pas.
Des amendes dissuasives… mais des dérives toujours rentables
Les nouvelles règles prévoient des sanctions lourdes pour les plateformes récalcitrantes. StubHub et SeatGeek, par exemple, s’exposent à des amendes pouvant atteindre 250 000 $ en Ontario pour des pratiques abusives. Pourtant, les dérives persistent. Lors de la cérémonie d’hommage à Karl Tremblay, des laissez-passer initialement gratuits ont été revendus à plus de 500 $ sur des sites comme Billets.ca, qui a d’ailleurs plaidé coupable pour revente illégale. Ces exemples illustrent l’ampleur du problème : même encadrée, la revente reste un marché opaque, où les prix explosent sans contrôle réel. En Ontario, où un plafond de revente à la valeur nominale a été instauré en avril 2026, certains observateurs estiment que cette mesure a été adoptée sous la pression médiatique, après des scandales répétés où certains billets se revendaient jusqu’à 10 000 $.
Un cadre légal qui ignore les racines du problème
La Loi 10, entrée en vigueur le 12 septembre 2026, modifie la Loi sur la protection du consommateur pour encadrer la revente, mais elle laisse de côté des mécanismes clés. Par exemple, elle n’interdit pas la tarification dynamique, une pratique qui permet aux plateformes de faire varier les prix en temps réel en fonction de la demande. Jean-François Renaud, PDG de Concertium et président de l’ADISQ, salue néanmoins ces avancées : « Ça va permettre aux fans de payer le juste prix », déclare-t-il. Pourtant, les faits montrent que les abus persistent. Les plateformes comme Ticketmaster, déjà visées par des actions collectives pour gonflement de frais, continuent de jouer un rôle ambigu. Elles retirent des annonces illégales en Ontario, mais maintiennent des pratiques opaques ailleurs. Le paradoxe est frappant : alors que les autorités tentent de réguler un marché devenu « far west », les acteurs dominants conservent un pouvoir de nuisance intact. Pour les consommateurs, la seule certitude reste l’incertitude — et l’obligation de vérifier, encore et toujours, si le billet qu’ils achètent est bien celui qu’ils paient.
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