Une victoire écrasante pour la jeunesse

La joie populaire a envahi les rues de Belgrade dès l’annonce des résultats préliminaires. Ilija Srdanovic, représentant de la liste unique des étudiants, s’est exprimé devant une foule brandissant des ballons colorés en déclarant que la Serbie avait gagné comme ils l’avaient promis. Cette victoire est d’autant plus significative qu’elle marque la fin d’un régime qui tenait fermement les médias, l’administration et la justice.

Le taux de participation aux urnes a frôlé les 65 % à 18 heures, soit deux heures avant la fermeture des bureaux de vote. Ce chiffre constitue le niveau de mobilisation le plus élevé depuis plus de trente ans, surpassant même la dernière forte mobilisation d’environ 70 % observée lors de l’éviction de Slobodan Milosevic en 2000.

La majorité absolue et les promesses de réforme

Les résultats annoncés attribuent 53 % des voix à la Liste étudiante, lui permettant d’obtenir une majorité absolue incontestable. Sur un total de deux cent cinquante sièges au parlement, le mouvement remporte cent quarante mandats. Elle obtient ainsi une avance confortable contre 39,22 % pour l’alliance menée par Aleksandar Vucic.

La liste des candidats, composée de deux cent cinquante personnes, privilégie ceux qui n’ont jamais occupé de hautes fonctions politiques : médecins, artistes, militants et sportifs. Cette composition reflète une volonté de rompre avec la politique professionnelle traditionnelle. Les revendications du mouvement sont claires : lutter contre la corruption, juger les responsables des violences liées à l’accident de la gare, rendre à la justice son indépendance et restituer la liberté aux médias audiovisuels publics.

L’épreuve du pouvoir commence maintenant

Si les étapes institutionnelles s’annoncent relativement simples pour former un gouvernement, le défi politique est immense. Jean-Arnault Dérens, expert des Balkans, note que la formation d’un gouvernement sera une formalité au vu de la majorité absolue détenue par les étudiants. Cependant, l’incertitude plane sur la composition du cabinet ministériel.

La tête de liste, le cardiologue Ilija Srdanovic, ne sera très certainement pas Premier ministre. De plus, des divergences subsistent sur les grands dossiers géopolitiques, notamment concernant les relations avec la Russie, le rapprochement avec l’Union européenne et la question du Kosovo. Pour l’instant, aucun engagement international de la Serbie ne sera remis en cause à court terme : le pays reste candidat à l’intégration européenne et maintient sa neutralité militaire.

La société serbe ressent un grand soulagement, tandis que les milieux économiques s’enthousiasment pour ce changement pacifique qui met fin au règne d’un homme qui tenait depuis 14 ans la mainmise sur l’appareil d’État.