Un rebond durable après la crise sanitaire

Le paysage commercial du livre québécois a connu une transformation structurelle profonde au cours de la dernière décennie. Après avoir subi un creux significatif au début de la pandémie de COVID-19 en 2020, le marché a entamé une trajectoire ascendante qui ne s’est jamais arrêtée. L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) rapporte que les ventes finales de livres neufs ont atteint 728 millions de dollars en 2025. Ce chiffre représente une augmentation de 3,2 % par rapport à l’exercice précédent, consolidant ainsi une tendance haussière qui dure depuis cinq années consécutives. Cette progression n’est pas seulement un retour à la normale, mais une véritable restructuration du marché où la valeur monétaire des transactions a retrouvé et dépassé les niveaux prépandémiques.

La domination des librairies physiques face aux autres canaux

La structure de la distribution reste largement dominée par le commerce traditionnel, bien que les formats alternatifs gagnent en visibilité. Les librairies demeurent le principal canal de vente pour les particuliers et les collectivités, y compris les écoles et les bibliothèques. Elles ont réalisé près de 65 % de l’ensemble des ventes finales en 2025, soit une valeur de 470 millions de dollars. Ce secteur a connu des performances contrastées selon le type d’établissement : les librairies appartenant à une chaîne sont restées stables avec une hausse de 0,9 %, tandis que celles indépendantes ont légèrement reculé de 0,9 % tout en surpassant encore leurs résultats de 2021. À l’inverse, les ventes réalisées directement par les éditeurs et distributeurs, souvent lors de salons du livre, constituent 26,5 % du total, montrant la vitalité des circuits courts.

Les disparités régionales et le rôle des prix

L’analyse géographique révèle une carte hétérogène où certaines régions tirent le marché vers le haut tandis que d’autres souffrent de difficultés structurelles. Les plus fortes hausses ont été observées à Laval, qui a enregistré une progression de 12 %, suivie par la région de Chaudière-Appalaches avec 10 % et l’Estrie avec 9 %. Montréal, pourtant le principal marché du livre représentant 36 % des ventes des librairies, a toutefois connu un léger recul de 2,1 %. Ces variations s’expliquent en partie par la dynamique des prix. Une part notable de la croissance observée en valeur est attribuable à l’augmentation des coûts, car l’indice des prix à la consommation au Canada indique une hausse de 1,1 % pour les livres et matériels de lecture entre 2021 et 2025. Cependant, lorsqu’on analyse la situation en dollars constants, la croissance réelle entre 2024 et 2025 apparaît comme bien réelle, atteignant 610 millions de dollars, soit 6 % de plus qu’en 2024.